Yves Lévesque et André Bertrand

La complicité des adversaires

C'est peut-être un épisode d'arroseur arrosé. La tentative de convaincre André Bertrand de ne pas se porter candidat à la mairie de Trois-Rivières tend davantage à démontrer qu'il peut y avoir une certaine connivence entre celui qu'on appelle le troisième candidat et celui qui sollicitera vraisemblablement un cinquième mandat à la tête de la Ville.
Marie-Claude Camirand
Depuis qu'André Bertrand a confirmé son intention aussi étonnante que tardive de briguer la mairie, plusieurs se demandent encore s'il n'arrive pas dans le portrait pour simplement venir diviser les votes d'opposition et faciliter, en quelque sorte, la réélection d'Yves Lévesque. La question est légitime.
Mais ce récent épisode du dévoilement d'un courriel envoyé par la conseillère Marie-Claude Camirand à André Bertrand vient démontrer qu'il y a bien plus que des canaux de communication entre André Bertrand et Yves Lévesque. Il semble y avoir une relation de confiance, comme si l'un était devenu le confident de l'autre.
Ou, à l'inverse, que l'un est devenu le sbire de l'autre.
Rappelons les faits. Le candidat Bertrand, qui cherche peut-être désespérément une façon de se faire connaître à moins de deux mois du vote, a indiqué en entrevue au FM 106,9, que des personnes avaient tenté de le dissuader de se présenter à la mairie.
Le maire Lévesque, sur les ondes de cette même radio, a déclaré qu'André Bertrand lui a dit que les conseillers Marie-Claude Camirand et Pierre-Luc Fortin sont parmi ceux qui ont tenté de le faire renoncer à ses aspirations politiques pour cette élection.
André Bertrand a admis s'être confié à Yves Lévesque sur ces interventions qui n'ont pourtant rien de scandaleux, quoi qu'en pensent certains. 
Dans une campagne électorale, il est souhaitable que les candidats ou leurs équipes se parlent. C'est précisément ce qui a fait en sorte qu'Adis Simidzija s'est retiré de la course, en mars dernier. Que Jean-François Aubin ou certains de ses partisans, y compris des conseillers ou des candidats actuels, tentent de faire de même avec André Bertrand, il n'y a rien pour crier au scandale.
Il n'y a donc rien d'épouvantable au fait qu'André Bertrand parle à Yves Lévesque. Mais quand c'est pour dévoiler le contenu d'un courriel et le nom de ceux qui interviennent auprès de lui, on peut se demander quelles sont ses intentions réelles. Difficile d'y voir autre chose qu'une volonté de donner des munitions à son adversaire, Yves Lévesque, pour qu'il puisse écorcher certains opposants ou les faire mal paraître.
Et de là à dire qu'André Bertrand et Yves Lévesque mangent à la même écuelle, il n'y a qu'un pas que beaucoup n'hésiteront pas à franchir.
En campagne électorale, le jeu des perceptions a une importance capitale. Est-ce qu'on tente de faire croire que l'intervention de Marie-Claude Camirand a quelque chose de répréhensible? Certains passages de son courriel sont peut-être maladroits, mais il n'y a rien d'illégal ou d'immoral là-dedans.
Est-ce qu'on tente de faire passer André Bertrand pour une pauvre victime de ceux qui souhaitent un changement? Personne ne peut l'empêcher d'être candidat. Au bout du compte, c'est sa décision.
La campagne d'André Bertrand part d'une bien mauvaise façon. Parce que la principale perception qui risque de survivre à cette affaire c'est qu'on est en présence d'un candidat qui n'est là que pour aider Yves Lévesque à mettre le pied à l'étrier.