La coexistence parallèle

C’est une bien curieuse dynamique qui est en train de s’installer à l’hôtel de ville de Trois-Rivières. Alors qu’on était habitués, au cours des derniers mandats, à avoir généralement un mode de gouvernance à deux clans, avec d’un côté le maire et les conseillers qui lui sont favorables et de l’autre un groupe de conseillers qui ne partagent pas sa vision, voilà qu’on entre dans une ère de coexistence parallèle. Le conseil marche dans une direction, le maire marche dans une autre. Plus que jamais, Yves Lévesque semble vouloir se détacher du conseil municipal.

Le débat sur la révision de la rémunération des élus fournit un exemple concret de ce schisme qui se dessine au sein de l’administration municipale. Le maire, dont l’approbation est nécessaire pour que le conseil puisse modifier le traitement des élus, a laissé entendre qu’il s’opposerait à la proposition émanant d’un comité interne concernant la révision du salaire des élus.

Se réfugiant derrière le principe de la transparence, le maire argue maladroitement que si les élus avaient voulu se voter une révision salariale à la hausse, ils auraient dû faire connaître leurs couleurs en campagne électorale. Il évoque même une solution de rechange, celle de passer par une consultation publique formelle. Le maire sait pertinemment que ce n’est pas nécessaire d’en arriver là.

La loi sur le traitement des élus municipaux permet qu’un conseil puisse fixer le traitement des élus. Mais un règlement en ce sens ne peut être adopté que si la voix du maire est comprise dans la majorité de voix favorables exprimées aux deux tiers des membres du conseil.

À Trois-Rivières, le traitement des élus n’a pas été indexé de 2002 à 2014. Il se situe à 147 016 $ pour le maire et à 43 139$ pour les conseillers, ce qui inclut l’allocation de dépenses. Voilà, d’ailleurs, que le fédéral s’apprête à imposer cette allocation, ce qui réduira le montant disponible pour les élus.

C’est vrai que le travail des conseillers a pris de l’ampleur au cours des dernières années et pas seulement à cause de la réduction du nombre d’élus autour de la table du conseil. C’est tout le travail des comités et des groupes de travail qui augmente la charge de travail et, surtout, le temps consacré aux affaires municipales. Force est de constater que la tâche de conseiller, à Trois-Rivières, est plus proche du temps plein que du temps partiel.

Le comité mis en place au printemps dernier devait accoucher d’une proposition qui n’est pas sèchement basée sur une augmentation du salaire des élus. On parlait d’une révision de la rémunération, qui aurait même aboli les primes alléchantes associées à certains comités comme l’exécutif ou la société de transport pour mieux les répartir.

Là où l’opposition du maire soulève des questions, c’est que ce processus était piloté par la mairesse suppléante, Ginette Bellemare. Parmi les deux autres conseillers siégeant à ce comité, on retrouvait également Maryse Bellemare, une autre proche du maire. Un tel comité de travail aurait difficilement pu voir le jour si Yves Lévesque n’avait pas donné, ne serait-ce que de façon tacite, son accord de principe.

L’attitude de «cavalier seul» du maire Lévesque, caractérisée par l’utilisation de son veto, par des déclarations aux médias ou des décisions prises sans avoir préalablement consulté le conseil – souvenons-nous de la réintégration au sein de l’UMQ – découle peut-être de la lassitude qu’on observe chez lui depuis le début de l’été. Mais elle ne doit pas empêcher la machine municipale de tourner rondement.

S’agit-il d’une attitude revancharde de la part d’Yves Lévesque qui n’arrive plus à gouverner à l’aise, comme il l’a toujours fait avant novembre dernier? Cherche-t-il une monnaie d’échange pour faire passer certains projets qui lui sont chers et pour lesquels le conseil a dit – ou dira – non?

Peu importe les motivations, une telle attitude est inacceptable.