L’étonnante mais sincère poignée de main entre la sœur du leader nord-coréen Kim Jong-un et le président sud-coréen Moon Jae-in a surpris tout le monde.

La cérémonie de l’ouverture

Ça y est. Les Jeux olympiques d’hiver de 2018 se sont ouverts, vendredi, à PyeongChang. Et ce qui retient déjà l’attention, c’est la volonté d’une trêve, d’un rapprochement, d’une unité. La cérémonie d’ouverture est vite devenue la cérémonie de l’ouverture. La grande question qu’il faut se poser est de savoir s’il y a une réelle volonté ou si ce n’était que pour ajouter au spectacle.

Pour les deux prochaines semaines, nous serons témoins des exploits et des déceptions, des victoires, des surprises. Et aussi, probablement, de chutes crève-cœur en patinage de vitesse courte piste ou de pointages discutables en patinage artistique. Les Jeux deviennent le sujet de conversation par excellence et le fait qu’ils se tiennent dans une péninsule coréenne dont on entend fréquemment parler en raison des frasques du leader du Nord, rend le tout encore plus intéressant.

Vendredi, donc, ce ne sont pas les athlètes entrant dans le stade qui ont le plus retenu l’attention. Sauf peut-être les Russes qui ne pouvaient pas être russes pour l’occasion. Ou pour la tenue traditionnelle de Pita Taufatofua, porte-drapeau – et unique athlète – de l’archipel de Tonga. Une jupe et un torse huilé, en pleine cérémonie de jeux d’hiver, ça frappe.

Non, c’est plutôt la politique qui a pris le dessus. Ou plutôt la diplomatie.

Avant même que les athlètes fassent leur entrée, l’étonnante mais sincère poignée de main entre la sœur du leader nord-coréen Kim Jong-un et le président sud-coréen Moon Jae-in a surpris tout le monde. L’entrée de la délégation coréenne, unie et défilant sous un sobre drapeau blanc orné d’une représentation géographique de la péninsule, a été chaudement applaudie. Le dernier relais de la flamme par la hockeyeuse nord-coréenne Chung Su-hyon et son exceptionnelle coéquipière Park Jong-ah, de la Corée du Sud, dans une montée des marches vers la vasque où les attendait la patineuse Yuna Kim, était aussi hautement symbolique.

Tout était mis en œuvre pour rapprocher les Corées, apaiser les tensions, donner un peu d’espoir à une planète qui retient son souffle. Le sport, comme souvent, devient rassembleur.

S’il semble y avoir un réchauffement des relations entre les deux Corées, il est toutefois trop tôt pour en déceler un entre les États-Unis et la Corée du Nord. Pourtant, c’est surtout entre ces deux-là qu’on voudrait voir un rapprochement.

Le problème, c’est que la Corée du Nord semble avant tout engagée dans une opération charme, un exercice de relations publiques pour redorer son image auprès de la communauté internationale, plutôt que dans un processus de main tendue. Il suffit de voir les artistes et les cheerleaders impeccablement semblables qui ont été dépêchés à PyeongChang pour s’en rendre compte.

Même si le vice-président Mike Pence était assis à proximité de la sœur de Kim Jong-un dans les gradins du stade, vendredi, il ne faut pas trop espérer de rapprochement diplomatique à court terme. Il semble toutefois possible de voir le régime de Pyongyang abaisser un peu le niveau de tension, après une année 2017 marquée par un essai nucléaire et quatre essais de missiles balistiques intercontinentaux. Non seulement parce que les sanctions s’intensifient, mais surtout parce que la Chine, éternelle alliée de la Corée du Nord, semble parfois prendre quelques distances.

La diplomatie sportive a ses limites. Elle n’entraînera pas la dénucléarisation de la Corée du Nord demain matin, pas plus que l’établissement de missions diplomatiques occidentales dans sa capitale. Mais elle permet d’assister à des moments où on finit par se dire que le rapprochement est possible, pour peu qu’il y ait un peu d’ouverture de part et d’autre.

La cérémonie d’ouverture n’aura jamais, finalement, aussi bien porté ce nom.