La catastrophe n’aura pas lieu

Malgré des zones de confusion, des réglementations qui s’entrechoquent et des inquiétudes qui persistent, le cannabis devient légal aujourd’hui. Il est possible qu’il y ait une curiosité accrue, mais on peut se rassurer: cette légalisation et les mécanismes d’encadrement qu’elle sous-tend ne devraient pas entraîner la catastrophe que certains prévoient ou annoncent déjà.

On aura toujours un certain malaise envers cette nouvelle étape qu’on est en train de franchir en tant que société. Un malaise relativement hypocrite, puisque plus de 40 % des adultes de 18-24 en consomment occasionnellement ou régulièrement, mais un malaise parce qu’on est devant l’inconnu et parce que le produit qui devient aujourd’hui légal a toujours eu un caractère illégal, dommageable ou clandestin.

Ce qu’on souligne aujourd’hui, c’est plutôt la fin de l’approche prohibitionniste. Il fallait certes du courage politique pour aller jusqu’à la légalisation – une décriminalisation aurait sans doute suffi – et pour déclencher tout un processus d’approvisionnement, de distribution, de réglementation et de sensibilisation.

En choisissant de faire du cannabis une substance encadrée, comme l’alcool et le tabac, le gouvernement vise surtout à enlever des «parts de marché» au crime organisé, à réduire la consommation chez les jeunes et à assurer un certain contrôle de la qualité.

On peut être pour, on peut être contre. Mais il serait temps qu’on passe à autre chose. Qu’on se donne maintenant le temps qu’il faut pour observer les comportements des consommateurs, pour ajuster la distribution, pour donner un peu plus d’uniformité à la réglementation. On peut jouer aux vaticinateurs tant qu’on veut, mais ce n’est qu’à l’usage qu’on pourra faire les constats nécessaires. Déjà, la légalisation dans neuf États américains n’a pas entraîné d’augmentation marquée de la consommation, ce qui est plutôt une bonne nouvelle.

Les intervenants dans le processus de légalisation ont peut-être manqué de temps, mais ils ont fait leurs devoirs de façon rigoureuse. Personne ne semble avoir pris ce mandat à la légère, que l’on parle des gouvernements provinciaux ou municipaux, des autorités de santé publique, des forces policières, des autorités d’approvisionnement et de distribution. Il n’y a aucunement lieu de penser qu’on se dirige tout droit vers une catastrophe.

Au contraire, il semble que ce geste que le Canada décide de poser entraînera non seulement de vastes campagnes d’éducation et de prévention, mais aussi et surtout des occasions de discussions plus ouvertes sur le sujet.

Il est vrai que les provinces et les municipalités se sont fait refiler une patate chaude en ce qui a trait aux enjeux de la santé publique et de sécurité. Et il aurait assurément été préférable d’avoir un cadre normatif uniforme à l’échelle nationale. Mais ce n’est pas encore le cas.

À Québec, le nouveau gouvernement de la CAQ doit éviter de vouloir tout chambarder dès son arrivée. Le travail effectué par le précédent gouvernement l’a été à la lumière de recommandations, notamment de celles des autorités de santé publique. Il appartiendra à ces autorités de faire les recommandations nécessaires après un délai raisonnable.

La mairesse de Nicolet, Geneviève Dubois, a probablement eu la comparaison la plus intéressante plus tôt cette semaine en comparant cette étape que l’on franchit aujourd’hui aux craintes que l’on avait en 1999 pour le fameux bogue de l’an 2000. On avait réussi à franchir le nouvel an – et le nouveau millénaire – sans grands bouleversements ni grande malédiction...