Martin Francoeur
La controverse entourant l’implication du premier ministre et du ministre des Finances, Bill Morneau, avec l’organisme UNIS est en train de prendre des proportions inattendues et sans doute plus graves que ce qu’on a vu et entendu jusqu’à maintenant.
La controverse entourant l’implication du premier ministre et du ministre des Finances, Bill Morneau, avec l’organisme UNIS est en train de prendre des proportions inattendues et sans doute plus graves que ce qu’on a vu et entendu jusqu’à maintenant.

Justin Trudeau sur la corde raide

ÉDITORIAL / L’automne s’annonce chaud, très chaud pour les libéraux de Justin Trudeau. La controverse entourant l’implication du premier ministre et du ministre des Finances, Bill Morneau, avec l’organisme UNIS est en train de prendre des proportions inattendues et sans doute plus graves que ce qu’on a vu et entendu jusqu’à maintenant. Le Bloc québécois hausse le ton: on demande aux deux hommes de se retirer de leurs fonctions temporairement et on évoque même le dépôt d’une motion de censure envers le gouvernement. Décidément, ça ne regarde pas bien pour les libéraux.

Le chef conservateur Andrew Scheer et le chef du Bloc, Yves-François Blanchet, parlent maintenant d’une même voix dans ce dossier qui pue le conflit d’intérêts à plein nez. M. Scheer a déclaré que le premier ministre Justin Trudeau devait démissionner, quelques jours à peine après avoir demandé que le ministre Morneau soit démis de ses fonctions ministérielles pour des voyages que lui et des membres de sa famille avaient faits en 2017, voyages qui avaient été en partie payés par l’organisme UNIS. Quelques heures avant son témoignage devant le comité des finances de la Chambre des communes, plus tôt cette semaine, le ministre a remboursé un peu plus de 41 000 $ à UNIS pour les frais reliés à ces deux voyages humanitaires.

Dans un communiqué transmis vendredi, le Bloc québécois demande la démission de MM. Trudeau et Morneau. Le Bloc s’appuie sur le fait qu’il a été démontré que les deux hommes ont des liens directs et familiaux avec l’organisme UNIS (WE Charity), qu’ils ont participé directement à l’octroi d’un mandat à l’organisme pour administrer un programme de bénévolat jeunesse de 910 millions $ sans appel d’offres, qu’ils ne se sont pas récusés et ont dissimulé leurs liens avec l’organisme. Le parti et son chef estiment que Justin Trudeau et Bill Morneau, qui font tous les deux face à une enquête du Commissaire à l’éthique, ont trahi la confiance de la population et des partis d’opposition.

En temps normal, la situation dans laquelle s’est retrouvé le ministre des Finances aurait largement suffi pour que le premier ministre le mette à l’écart pendant un temps. Le hic, c’est que s’il agit ainsi, Justin Trudeau se retrouve dans une situation où il pourrait difficilement justifier que lui-même demeure dans ses fonctions de premier ministre. On comprend le malaise des députés et ministres libéraux qui, pour certains, ont tenté de justifier le maintien en poste de leurs deux collègues. À plus forte raison lorsque c’est la troisième fois que le premier ministre se retrouve dans une situation sérieuse de conflit d’intérêts.

La perspective d’une motion de censure et du renversement du gouvernement est maintenant bien réelle. On ne connaît toujours pas la position exacte du NPD sur la situation actuelle, même si le chef Jagmeet Singh a déclaré que des excuses ne suffisaient pas.

Faire tomber le gouvernement pourrait être plus facile qu’on le croit, même si aucun des partis d’opposition n’a ni l’envie ni les moyens d’aller en élections à court terme. Reste que la possibilité existe et que le Bloc a même demandé au Directeur des élections de se tenir prêt. Et en supposant qu’on se rende jusque-là, les libéraux eux-mêmes devraient vraisemblablement se choisir un nouveau chef.

Justin Trudeau a beau recevoir des taux d’approbation très élevés – un sondage paru il y a quelques semaines démontrait que 78 % des Canadiens se disaient d’accord avec la façon dont le gouvernement fédéral gérait la crise sanitaire – et son parti a beau être toujours en tête dans les intentions de vote, il y a fort à parier que la population commence à en avoir assez de ses excuses et de ses manques de jugements, surtout quand ceux-ci se transforment en scandales foisonnants.

Certains aspirants doivent commencer à suivre la situation avec un intérêt de plus en plus soutenu. Y compris un certain François-Philippe Champagne.