Jouer avec les chiffres

Face aux défis qui se pointent sur plusieurs fronts, la Ville de Shawinigan a réussi à ficeler un budget réaliste et à y associer une taxation raisonnable. Les autorités municipales devraient en être fières. Mais au lieu de ça, on préfère jouer la carte des relations publiques et dissimuler une hausse de la facture refilée aux contribuables en une baisse de l’impôt foncier.

Ces façons d’enrober, de jouer avec les chiffres aussi bien que sur les mots, ne sont pas dignes d’une ville comme Shawinigan. Ça, ce sont des vieilles tactiques de municipalités de fond de rang qui n’ont pas de médias et qui veulent que l’information présentée soit la plus flatteuse possible.

Entre le titre du communiqué de presse de la Ville de Shawinigan sur son budget et la réalité que liront les contribuables au bas de leur compte de taxes au cours des prochaines semaines, il y a un monde de différence.

La Ville, mardi, a présenté son budget en titrant son communiqué: «Légère diminution de 0,19 % du compte moyen de taxes foncières combinées; Augmentation de 105 $ des tarifs pour l’eau potable reliés à la mise aux normes des infrastructures». D’abord, c’est interminable comme titre. Mais on peut aussi enlever le préfixe «inter-» à ce qualificatif et constater que c’est bel et bien une présentation minable.

Minable parce qu’on tente de faire croire aux contribuables que leur compte de taxes va diminuer, ce qui est faux. Le compte de taxes, c’est ce que reçoivent dans une enveloppe les propriétaires d’immeubles. Ce compte comprend l’impôt foncier – la taxe foncière, avec un taux par tranche de 100 $ d’évaluation – aussi bien que les tarifications, comme celles pour l’eau, les égouts, le transport en commun, le contrôle des insectes piqueurs, etc.

Dans le cas de Shawinigan, le coût total du «compte de taxes» d’une maison unifamiliale moyenne de 146 811 $ augmentera de 4,2 % par rapport à l’an passé. Un taux qui n’apparaît évidemment pas dans le communiqué de la Ville. C’est la tarification pour l’eau potable qui en est responsable, passant de 114 $ à 199,50 $, un bond de 75 %. Un autre pourcentage qu’on ne retrouve évidemment pas dans les communications officielles de la Ville.

Les fonctionnaires et les élus de Shawinigan ont fait, faut-il le rappeler, un travail colossal pour amoindrir les impacts de la facture pour l’approvisionnement en eau potable. On ne devrait pas avoir à se cacher pour demander un effort aux contribuables pour cette mise à niveau aussi majeure qu’exceptionnelle. En plus, on bénéficie de généreux paiements de péréquation qui viennent donner un sérieux coup de pouce à la Ville.

Le conseil municipal a dû, pour compenser la baisse de 2 % du rôle d’évaluation, augmenter légèrement son taux de taxe foncière générale de 1,4074 $ à 1,4230 $ par tranche de 100 $ d’évaluation. Ce petit tour de passe-passe entraîne une baisse de 0,19 % du montant moyen payé en impôt foncier. C’est cette fausse baisse qu’on claironne dans les communications de la Ville.

Le texte de notre journaliste Guy Veillette rapportait que le maire, Michel Angers, était beaucoup plus intéressé à parler de la baisse de la taxation de 0,19 % que de la hausse du compte global de 4,2 %. En somme, le maire semblait agacé par le fait que les médias ne claironnent pas, eux aussi, la fausse baisse de 0,19 %. On pouvait sentir cet agacement dans une entrevue qu’il a accordée à la radio de Radio-Canada mercredi matin.

Shawinigan met tout en œuvre pour se sortir de sa fâcheuse position économique et démographique: prospection et diversification économique, mise à niveau des infrastructures, soutien au développement entrepreneurial, etc. La Ville présente aussi un programme triennal d’immobilisation concret, dépourvu de projets pharaoniques. Dans le budget, on reste collé aux préoccupations des citoyens, notamment sur la question du déneigement et de l’asphaltage. C’est du bon travail.

Il est juste dommage qu’on retienne davantage la mauvaise stratégie de communication qui entoure le budget.