Jean Charest: oui, mais...

ÉDITORIAL / Il y a quelques jours à peine, alors que le chef conservateur Andrew Scheer annonçait son départ, les spéculations concernant un successeur potentiel n’ont pas tardé à surgir de toutes parts. Certaines étaient d’un réalisme évident, d’autres relevaient presque du fantasme politique. Mais personne ou à peu près n’avait vu venir la possible candidature de Jean Charest. Et quand on y pense, c’est loin d’être une mauvaise candidature.

Essentiellement, on retiendra du départ d’Andrew Scheer le constat qu’il n’a pas su livrer complètement la marchandise en campagne électorale. Une campagne plutôt terne, mais avec des publicités belliqueuses, une piètre performance lors des débats en français et la préséance des positions personnelles du chef sur le programme du parti auront laissé peu de chances aux conservateurs.

Les failles du chef ont surtout nui aux candidats dont la victoire aurait pu dépendre, justement, d’une petite poussée de plus du chef et du parti dans les sondages. Plusieurs circonscriptions, dont Trois-Rivières, étaient «prenables» par les conservateurs, mais même les candidats vedettes – surtout au Québec – avaient besoin d’une meilleure campagne de la part d’Andrew Scheer.

Pas facile, pour le Parti conservateur, de se débarrasser de l’image rigide et rétrograde projetée par ses deux derniers chefs. Bien des électeurs auraient pu être disposés à adhérer aux idées conservatrices sur le plan économique. Mais le package deal ne plaisait pas à tout le monde.

Le défi des conservateurs est colossal. Il faut non seulement trouver un successeur à Andrew Scheer comme chef du parti, mais aussi quelqu’un qui pourrait devenir premier ministre.

C’est là que la candidature possible de Jean Charest est intéressante, même si les histoires de recyclage de politiciens provinciaux vers le fédéral n’ont pas toutes été réjouissantes. Il ne faut pas oublier que Jean Charest était à l’origine une bête politique au fédéral. Un des deux seuls survivants progressistes-conservateurs à la vague libérale de 1993.

Jean Charest coche plusieurs cases dans la liste des exigences reliées à l’informel appel de candidatures pour le poste de chef du Parti conservateur. Parmi celles-ci, le fait d’être parfaitement bilingue, celui d’être clairement plus progressiste sur certaines questions sociales chères aux Canadiens et, surtout, la capacité à gouverner le pays sans avoir à tout apprendre. Il est déjà connu partout au pays et il est surtout un extraordinaire campaigner capable de rallier un électorat plus large.

Mais.

Car il y a un mais. Et ce n’est pas un mince «mais».

Il y a toujours cette épée de Damoclès de l’enquête Mâchurer de l’Unité permanente anticorruption qui lui pend au-dessus de la tête. Même si, jusqu’à maintenant, Jean Charest n’a pas été accusé de quoi que ce soit, son nom demeure – et demeurera – associé à une enquête sur le financement politique et l’octroi de contrats publics. Il faudrait, pour que la candidature de Jean Charest ait des chances de mieux passer au sein même de la province qu’il a dirigée, que la page se tourne sur cette enquête, ce qui est loin d’être acquis.

Comme le disait le candidat conservateur défait dans Trois-Rivières, Yves Lévesque, se lancer dans une campagne électorale «avec un candidat ou une candidate sous enquête» n’est peut-être pas une bonne idée puisque cela donne inévitablement des munitions aux autres partis.

Le fait pour Jean Charest de laisser circuler son nom comme successeur potentiel démontre deux choses: d’une part une volonté de tâter le terrain et de tester ses appuis possibles et, d’autre part, une démonstration que la politique n’est pas encore complètement sortie de l’homme, lui qui a fait ses premières armes au fédéral, il y a 35 ans. Déjà.

Chose certaine, cette possible candidature vient déjà bouleverser l’allure de la course à la direction du Parti conservateur et les intentions d’autres prétendants au titre...