Inquiétants signaux d’alarme

La fusillade survenue dimanche soir dans le quartier Greektown, à Toronto, vient alourdir le bilan de victimes des armes à feu chez nous, au Canada. Alors qu’on pouvait parfois penser que ce fléau était le triste apanage de nos voisins du sud, voilà que soudainement, cette tragédie ravive le débat sur l’accès aux armes à feu de ce côté-ci de la frontière.

On ne sait pas encore tout sur les circonstances entourant la fusillade survenue dans le quartier animé de Greektown. On ne sait pas tout, non plus, sur l’identité du tireur et sur le mobile de cette fusillade, faisant deux morts et treize blessés. Ce qu’on sait, toutefois, c’est que lui aussi est mort à la suite de ces événements.

Le bilan des fusillades dans la Ville reine s’établit maintenant à 228 incidents depuis le début de l’année. C’est déjà plus que pour la totalité de l’année 2017, alors qu’on avait recensé 205 événements impliquant des armes à feu. En ajoutant les deux victimes de la fusillade de dimanche, le nombre de morts jusqu’à maintenant cette année est de 29, comparativement à 17 en 2017, 25 en 2016, 12 en 2015 et 13 en 2014.

Manifestement, il y a un problème.

Une telle explosion de violence représente tout un défi pour le service de police de Toronto, mais elle devient une sérieuse source de préoccupation pour le gouvernement fédéral aussi bien que pour les provinces.

Le nouveau ministre de la Sécurité frontalière et de la Réduction du crime organisé, Bill Blair, est un policier de carrière et a été, pendant dix ans, chef de la police de la Communauté urbaine de Toronto. Il avait déclaré, en 2012, que 70 % des armes à feu saisies à Toronto provenaient des États-Unis. C’est un chiffre inquiétant.

Le maire de Toronto, John Tory, a parfaitement raison quand il dit que les armes à feu sont un problème à Toronto et que les armes à feu sont trop facilement accessibles. Selon lui, trop de gens ont des armes à feu dans sa ville, des gens qui, de surcroît, ne devraient pas en posséder.

Et si ce problème n’était pas que torontois? Les plus récentes statistiques sur la criminalité au pays démontrent qu’en 2017, la criminalité était en hausse pour une troisième année de suite. Statistique Canada observe également une croissance du nombre d’homicides et de crimes violents commis avec des armes à feu. En 2016, 220 personnes ont été tuées par arme à feu au Canada et en 2017, plus de 7700 personnes ont été victimes de crimes violents avec utilisation d’une arme à feu au pays. Il s’agit d’une augmentation de 7 % par rapport à l’année précédente.

Le pire, c’est que près des deux tiers des crimes commis avec des armes à feu, au Canada, le sont avec des armes de poing qui, pour la plupart, sont interdites ou à autorisation restreinte au Canada.

Francis Langlois, professeur d’histoire au Cégep de Trois-Rivières et chercheur associé à l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand (UQAM), expliquait lundi sur les ondes de RDI comment ces armes arrivaient au Canada. L’imagination des trafiquants d’armes est sans bornes et la frontière américaine semble devenue une passoire pour les armes de poing.

Une telle situation doit rapidement donner lieu à une mobilisation des élus de tous les niveaux de gouvernement. Il n’est pas normal que le Canada, avec 2 millions d’armes à feu enregistrées et 10,6 millions non enregistrées, se retrouve au cinquième rang mondial des pays comptant le plus de civils armés. Avec 34,7 armes à feu par tranche de 100 habitants, il se retrouve dans un peloton qui comprend des pays comme la Serbie, la Bosnie-Herzégovine, Chypre, la Macédoine et le Liban. Loin toutefois derrière les États-Unis, avec ses 120,5 armes à feu par tranche de 100 citoyens.

À n’en pas douter, le resserrement du contrôle des armes à feu est en train de s’inviter comme enjeu majeur pour les prochaines élections, surtout pour les fédérales de 2019.