Le ministre Gaétan Barrette entouré des députés Pierre-Michel Auger, Julie Boulet, Marc H. Plante et Jean-Denis Girard.

Inauguration prématurée

ÉDITORIAL / Des airs de fête à l’hôpital de Trois-Rivières, titrait-on jeudi. C’est vrai que depuis le temps qu’on nous l’annonçait, la réalisation de cette «phase 2» de l’établissement est une bonne nouvelle pour la population de la Mauricie et du Centre-du-Québec. Il y a certainement des raisons de fêter. Mais l’a-t-on fait deux mois trop tôt?

Après avoir multiplié les annonces concernant cet agrandissement majeur, voilà qu’on a procédé à une inauguration prématurée. Presque à une visite de chantier. Parce que rien dans la nouvelle «aile N» n’est encore fonctionnel. Il n’y a ni personnel ni patients. Il faudra encore au moins six semaines, peut-être plus, avant d’y voir de l’activité normale.

Mercredi, lors de cette «inauguration», les camions d’asphaltage allaient et venaient autour de la nouvelle annexe, ce qui a eu d’importantes conséquences sur le stationnement et sur la circulation autour de l’hôpital. Des agents de sécurité orientaient tant bien que mal les usagers qui ne savaient plus où aller.

N’aurait-on pas pu attendre que tout soit complété et opérationnel pour inaugurer le tout? À moins que ce soit dans la stratégie des libéraux de convier les médias à quelques inaugurations successives, un peu comme on l’a fait pour les annonces. Il y en a eu sept en douze ans, doit-on le rappeler.

Évidemment, nous sommes à quatre mois et des poussières des élections au Québec. Cela pourrait expliquer bien des choses.

L’arrière-goût d’opportunisme et de précipitation vient porter ombrage à un projet qui, lui, est une belle réussite. Ce n’est certainement pas tous les jours qu’on voit le fruit d’investissements totalisant près de 60 millions $ dans les infrastructures du réseau de la santé dans la région. Le prochain projet de cet ordre de grandeur devrait être celui de l’agrandissement et du réaménagement de l’urgence de l’Hôpital du Centre-de-la-Mauricie, promis par les libéraux lors de la campagne de 2014 et annoncé il y a un mois à peine.

Dans le cas de l’hôpital de Trois-Rivières, la nouvelle «aile N» permettra l’ajout d’une cinquantaine de lits, portant à 482 le nombre de lits disponibles à cet établissement. Des cliniques externes et différents services, comme la neurologie, la pneumologie, la clinique du diabète et l’endocrinologie, y seront déménagés afin de les rendre plus accessibles et plus fonctionnels.

C’est une bonne nouvelle quand on considère l’impact que ce réaménagement pourrait avoir sur l’urgence de l’hôpital.

Déjà, l’ouverture de la superclinique, juste en face de l’hôpital dans l’ancien monastère des Carmélites, porte déjà ses fruits et fonctionne à bon rythme. À court terme, les services qui y sont offerts auront aussi des conséquences positives sur l’urgence du centre hospitalier de l’autre côté de la rue. Est-il utile de rappeler que cette superclinique a été inaugurée le 9 avril dernier, lors de son tout premier jour de fonctionnement? Sans ministre et sans camions d’asphaltage grouillant tout autour.

L’ouverture de cette superclinique et l’implantation prochaine d’une autre à Shawinigan, de même que le parachèvement des travaux de la phase 2 de l’hôpital trifluvien, constituent deux nouveaux jalons d’une enfilade de bonnes nouvelles en santé dans la région. Depuis l’implantation d’un campus décentralisé de l’Université de Montréal pour offrir la scolarité complète des études en médecine, en 2004, on peut d’ailleurs dire que le vent est favorable.

Le ministre Gaétan Barrette a parfaitement raison de dire que «lorsque les infrastructures sont de qualité, ça attire du monde». Le pouvoir d’attraction de la région, pour les médecins, est beaucoup plus grand que ce qu’il était il y a quinze ou vingt ans.

On peut comprendre l’empressement des autorités sanitaires et des personnalités politiques à vouloir transmettre les bonnes nouvelles lorsqu’il y en a. Mais le faire ainsi, en pleine précampagne électorale, ce n’est rien pour atténuer le cynisme ambiant envers tout ce beau monde.