Une hausse des salaires des élus, comme c'est le cas cette année à Bécancour, peut être justifiée si on analyse la question avec une perspective plus large.

Impopulaires mais justifiées

Des élus qui augmentent eux-mêmes leur salaire, ça fait toujours jaser. Peu importe le niveau de gouvernement. Au municipal, les maires et les conseillers qui se votent des hausses de traitement doivent souvent justifier de telles décisions à leurs commettants, qu’ils croisent pratiquement tous les jours. Entre l’odieux de se payer des augmentations de salaire à même l’argent des contribuables et le courage de rendre la fonction d’élu plus attrayante et son traitement plus conforme à la réalité, les maires et les conseillers font face au jeu cruel des perceptions.

L’exemple le plus récent nous vient de Bécancour, où les élus ont récemment voté en faveur d’une augmentation de 15 % de leur salaire pour 2018. Évidemment, ils sont rares les travailleurs qui, subitement, voient leurs revenus faire un bond de 15 %. Mais il faut toujours regarder la question du traitement des élus dans une perspective plus large.

À Bécancour, il n’y avait pas eu d’ajustement du salaire du maire et des conseillers depuis 2006. Déjà, cela constitue un recul par rapport à tous les salariés qui ont droit à des augmentations ou à des indexations annuelles presque automatiques. Il est donc normal de revoir, périodiquement, le salaire des élus.

Un autre facteur qu’il faut considérer, c’est la charge de travail. Les élus, surtout dans le monde municipal, sont de plus en plus accessibles grâce, principalement, aux moyens de communication contemporains. Un élu municipal n’est jamais plus loin qu’un appel, un courriel, un texto, une conversation à la sortie d’un commerce. Les dossiers dont il hérite sont plus nombreux, plus complexes. Et sa tâche ne se limite plus à la municipalité: il doit siéger à des comités locaux ou régionaux, participer à des formations, des colloques, il doit posséder des compétences plus variées.

Enfin, il faut inévitablement tenir compte du facteur d’attraction associé à la fonction d’élu. Pour que la politique active, sur le plan municipal, puisse attirer des jeunes travailleurs, il faut que la rémunération soit intéressante, même si leur poste est considéré comme étant à temps partiel. Concilier travail, politique et vie familiale n’est pas une mince affaire et il faut que la compensation soit intéressante si on veut éviter que les conseils municipaux ne soient que des filiales des clubs d’âge d’or locaux.

Il faut toutefois faire preuve de grande prudence quand on majore le traitement des élus. À Bécancour, on a réglé ça en tout début de mandat. Dans quatre ans, on ne s’en souviendra probablement plus. Ça, c’est la stratégie du timing.

Il faut aussi franchir avec succès le jeu des comparaisons. Ça, ce n’est pas toujours évident. À Bécancour, le salaire total du maire sera désormais de 83 204 $, ce qui inclut le salaire de base de 63 497 $, une allocation de dépenses de 16 707 $ et un plafond de 3000 $ pour compenser la participation à différentes réunions. Un coup d’œil dans des villes de taille semblable permet de constater une grande amplitude dans la variation des montants, ce qui donne parfois lieu à des situations étonnantes. Ainsi, le salaire du maire de Bécancour sera plus élevé que celui du maire de La Tuque, dont le territoire est beaucoup plus complexe. Plus élevé aussi qu’à Amos ou à Beauharnois, dont la population est comparable mais qui ont un caractère de centralité que Bécancour n’a pas. 

L’Union des municipalités du Québec a produit, il y a quelques années, un guide pour le traitement des élus qui présente l’avantage de ne pas tenir compte exclusivement du critère de la population pour établir les salaires. Le guide présente une grille de calcul très intéressante qui, si elle était largement adoptée, pourrait permettre d’uniformiser un peu les façons de faire, tout en tenant compte de la charge de travail réelle.

On constaterait alors que les hausses de salaires, à Bécancour comme ailleurs, sont souvent impopulaires, mais justifiées.