Le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau

Immobilisme inacceptable

C’est presque honteux de tenir à Trois-Rivières un forum municipal sur le transport ferroviaire et d’avoir des acteurs qui font du surplace depuis des mois, voire des années dans le dossier du retour du train à grande fréquence.

Le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, est venu dire devant quelque 150 élus municipaux que le projet de TGF faisait toujours l’objet d’une analyse et que les études n’étaient pas complétées. C’est lui-même qui, en avril dernier, disait que son gouvernement allait annoncer d’ici la fin de l’année son intention ou non d’embarquer dans l’aventure du train à grande fréquence. Avant de trancher, disait-il, le fédéral souhaitait avoir des études plus précises sur les intentions de la population concernant l’utilisation éventuelle de ce moyen de transport.

Voilà l’exemple d’un dossier où on semble se réfugier derrière la nécessité de multiplier les études pour justifier un immobilisme navrant. Vendredi, le même ministre Garneau invitait à la patience.

Patience pour quoi, monsieur le ministre? Patience pour attendre le déploiement de cadeaux dans votre prochain budget au printemps, en pleine année électorale? Patience pour attendre encore plus longtemps parce que vous ferez du train à grande fréquence un engagement électoral, ce qui vous donnera quatre autres années pour mettre à jour les études et en commander de nouvelles?

La population de la Mauricie – un bassin de population de plus d’un quart de million de personnes, faut-il le rappeler – est privée du service de train de passagers depuis 1990. Le discours entourant le transport collectif interurbain durable n’a jamais été aussi fort et aussi pertinent qu’il l’est ces années-ci.

Ça fait maintenant plus de quatre ans que Via Rail a lancé ce projet de train à grande fréquence passant par la rive nord du Saint-Laurent. Un projet évalué à 5 milliards $ et qui répond directement à la volonté de diminuer les émissions de gaz à effet de serre et d’offrir à la population un mode de transport rapide, efficace et écologique.

Le président de l’Union des municipalités du Québec et maire de Drummondville, Alexandre Cusson, a raison d’insister sur la nécessité d’avoir rapidement des réponses, des engagements et des décisions dans ce dossier. En fait, on ne compte plus, tant elles sont nombreuses et à l’unisson, les voix favorables au projet.

Cette idée de tenir un forum sur le transport ferroviaire tombe à point et constitue un bon moyen de rappeler aux autorités concernées que la patience commence à avoir ses limites. L’UMQ a d’ailleurs profité de l’événement pour dévoiler les résultats d’un sondage qu’elle avait commandé. Celui-ci révèle que 87 % des Québécois utilisent l’automobile pour se déplacer au Québec pour un trajet de 100 kilomètres et plus, comparativement à seulement 4 % pour le train. Il ne faut pas être un grand devin pour savoir que si de nouveaux bassins de population sont desservis et que le service est performant, fréquent et abordable, ces proportions changeront considérablement.

On ne le dira jamais assez: le retour du train de passagers n’est pas qu’une façon d’accommoder la population dans ses déplacements. C’est aussi un projet structurant pour le développement économique de la région et pour la transition énergétique.

Il semble absurde qu’on en soit encore au même point, à devoir toujours tenter de convaincre, à devoir toujours avoir l’impression de quêter une faveur quelconque.

Ce n’est, pourtant, que le gros bon sens.