Mariannick Mercure

Il y a des limites à être authentique

ÉDITORIAL / La conseillère municipale du district des Forges, Mariannick Mercure, est allée trop loin. Beaucoup trop loin. En invectivant le candidat conservateur Yves Lévesque comme elle l’a fait vendredi dernier, lors de la marche pour le climat qui se tenait à Trois-Rivières, elle discrédite la fonction d’élu municipal, méprise le caractère public de cette manifestation et nuit considérablement à la cause qu’elle défend.

La conseillère n’a jamais eu la langue dans sa poche et jusqu’à vendredi dernier, c’était plutôt sympathique. Mais en filmant et en diffusant une intervention planifiée au cours de laquelle elle a dit au candidat conservateur qu’il n’avait pas sa place à la marche pour le climat et que les conservateurs étaient des «criminels climatiques», elle a franchi une limite inacceptable.

Au cours des derniers jours, elle a justifié son intervention. Elle plaide le fait qu’elle veut faire de la politique autrement et dit très bien vivre avec le fait qu’elle est victime de commentaires désobligeants sur les réseaux sociaux. «J’assume mes positions et j’ai envie d’être authentique», remarque-t-elle.

Mais l’authenticité a ses limites. Elle ne doit pas être synonyme d’irrespect ou d’incivilité.

Mariannick Mercure et Yves Lévesque n’en étaient évidemment pas à leur premier contentieux. Mais malgré les convictions environnementales et écologiques de la conseillère, elle n’a pas le monopole de pouvoir dire quelles sont les présences acceptables ou inacceptables lors d’une marche pour le climat.

C’est vrai qu’Yves Lévesque représente un parti qui n’est pas réputé pour avoir soutenu ou engagé des actions significatives visant à lutter contre les changements climatiques. Mais sa présence à la marche, vendredi, ne doit pas être vue uniquement comme de l’opportunisme politique ou de la volonté d’être visible. Et peu importe l’idée qu’on se fait d’Yves Lévesque ou de son bulletin en matière environnementale, on ne peut pas présumer de ses intentions lorsqu’il se pointe, comme candidat conservateur, à cet événement manifestement public. Il aurait certainement été plus sage d’y voir une occasion d’engager un dialogue, surtout lorsqu’on considère le fait que son chef, Andrew Scheer, avait décidé de bouder les manifestations pour le climat.

Mais au lieu de cela, Mariannick Mercure y a vu un affront. C’est son point de vue et il faut le respecter. Il y avait toutefois une façon de le lui faire savoir et ce n’est certainement pas en empruntant la voie de l’invective. Encore moins en orchestrant un coup médiatique comme elle l’a fait.

Petite parenthèse: il ne faudrait pas, par contre, élever Yves Lévesque au rang de martyre comme l’ont fait certaines personnes sur les réseaux sociaux. L’homme doit certainement répondre des engagements ou des lacunes de son parti en matière environnementale. Il doit aussi défendre son bilan de maire en cette matière. Mais il avait le droit d’être au départ de la marche. Comme c’était le cas pour n’importe quel citoyen.

Mariannick Mercure, plutôt que de persister et signer comme elle le fait depuis l’épisode de vendredi dernier, devrait minimalement présenter des excuses. Au candidat conservateur d’abord, mais aussi aux citoyens de son district et de Trois-Rivières. La conseillère a en effet contrevenu au code d’éthique et de déontologie des élus municipaux trifluviens, règlement sur lequel elle trois autres collègues ont beaucoup travaillé.

Ce règlement mentionne que le respect est une des principales valeurs de la Ville en matière d’éthique et de gouvernance. On y lit que les membres du Conseil doivent faire preuve de civilité, de politesse, d’écoute, de considération et de tolérance envers les autres membres du Conseil, les employés de la Ville, ses citoyens et ses contribuables. On mentionne aussi que les élus doivent toujours placer l’intérêt public au-dessus des intérêts particuliers et qu’ils doivent respecter «l’honneur rattaché aux fonctions de membre du Conseil, c’est-à-dire que ceux-ci doivent agir avec dignité [...] de manière à préserver la confiance des citoyens et des contribuables trifluviens envers la Ville et les membres du Conseil.»

Manifestement, madame Mercure n’avait pas tout retenu de ce sage contenu.