Le ministre Éric Girard en compagnie du premier ministre François Legault lors de la présentation du budget.

Il y a des autobus aussi en région...

ÉDITORIAL / Bizarre. Le gouvernement de François Legault se drape de vert – un vert pâle, disent déjà certains analystes – en se lançant dans un plan ambitieux d’électrification des transports et d’amélioration des infrastructures de transport collectif. L’objectif est louable, mais on semble oublier qu’il y a aussi des enjeux de mobilité durable en dehors de la métropole et de la capitale.

Les régions, avec leurs plus petites sociétés de transport, sont les grandes oubliées du budget présenté mardi par le ministre des Finances, Éric Girard. Non seulement on semble oublier qu’il existe, dans des villes comme Trois-Rivières, Sherbrooke, Saguenay ou Shawinigan, des petites sociétés de transport en commun qui peinent à bonifier leur offre de services, mais on évacue aussi du portrait toute la question du transport collectif interurbain, largement déficient au Québec.

Il faut bien parler de transport durable, parce que c’est un des principaux morceaux du budget Girard. Le gouvernement adopte, selon le ministre, une vision de long terme. Il considère que son gouvernement «se donne les moyens d’offrir aux Québécois des alternatives fiables et efficaces au transport par automobile». Mais on aurait peut-être dû lire: d’offrir à certains Québécois ces alternatives fiables. Des Québécois des grandes villes, surtout.

Afin de bonifier l’offre de services en transport collectif, Québec prévoit 15,8 milliards $ dans le Plan québécois des infrastructures 2020-2030. Plusieurs projets en cours de réalisation, en cours de planification ou mis à l’étude permettront d’améliorer les services en transport collectif électrique dans six communautés: Montréal, Québec, Laval, Gatineau, Longueuil et le secteur de Chambly et Saint-Jean-sur-Richelieu. On parle ici de grands projets structurants, qui coûteront des milliards de dollars.

Pendant ce temps, des sociétés de transport plus modestes comme celle de Trois-Rivières tentent d’obtenir un financement bonifié pour électrifier les autobus et pour améliorer le service. La Ville de Trois-Rivières a posé, en décembre dernier, un geste fort en bonifiant le montant qu’elle transfère à la STTR. On veut bien faire partie de la solution, mais les actions posées ne trouvent pas écho à Québec. Du moins, pas encore.

On n’aurait pas besoin de milliards en tramways ou en ligne de métro pour sentir que les «Québécois des régions» sont dans le coup. Si on pouvait réduire la part de budget qui repose sur les revenus provenant des passagers, ce serait déjà un incitatif intéressant. C’est le modèle qu’il faut repenser.

Il est là le principal défaut du budget présenté mardi. Les actions ne convergent pas toutes vers cette notion de «chantier environnemental historique» qu’on nous présente. Il y a encore beaucoup de place pour le «tout à l’auto», surtout dans les régions.

Si on cherche vraiment un moyen de modifier les comportements citoyens, la gratuité du transport en commun dans les régions est assurément une avenue à explorer. Évidemment, une telle avenue présente une difficulté considérable sur le plan financier, mais c’est ici que devraient alors entrer en jeu les notions de volonté politique et de volonté populaire.

Rendre le transport gratuit ou au moins en réduire considérablement le coût permettrait d’attirer plus d’utilisateurs. Il est tout aussi essentiel de bonifier les circuits et la fréquence pour véritablement faire d’un réseau modeste un outil efficace de mobilité durable. Les exemples de Niort ou de Dunkerque, en France, sont probants. Celui de Tallinn, en Estonie, également. Il faut s’en inspirer.

Le ministre Éric Girard a misé beaucoup sur l’électrification des véhicules et des flottes d’autobus. Mais il faudra plus que cela pour atteindre les cibles de réduction des gaz à effet de serre. Il faudra, lorsque les moyens alternatifs seront avantageux, des mesures dissuasives pour le transport traditionnel par voiture. Il faudra, surtout, que tout le Québec puisse avoir l’impression de participer aux efforts de lutte contre les changements climatiques.