Martin Francoeur

Il ne reste plus qu’à croiser les doigts

ÉDITORIAL / Même si elle repose sur cinq bonnes raisons évoquées par le premier ministre François Legault, la décision de rouvrir progressivement les écoles primaires et les services de garde, il s’agit d’un pari risqué. D’un risque calculé. Mais puisqu’il faut bien sortir un jour de ce confinement, il s’agit certainement d’une mesure forte pour laquelle il ne faudra pas hésiter à faire marche arrière si on se rend compte que ça ne se passe pas comme prévu.

Les trois mots clés qui semblent guider les autorités sanitaires aussi bien que les autorités politiques dans cette étape importante du processus de déconfinement ont été abondamment répétés lundi. Le retour à l’école est une mesure graduelle, doit se faire de façon prudente et demeure une démarche volontaire. Cela représente un défi de taille pour les intervenants du milieu scolaire, déjà empêtré dans un processus de réorganisation des commissions scolaires en centres de services.

D’entrée de jeu, le premier ministre a écarté l’immunité collective comme raison justifiant un retour à l’école progressif. Les avis des scientifiques divergent sur le sujet et il aurait été imprudent d’invoquer cette forme d’immunisation. Le premier ministre a préféré asseoir sa décision sur différents facteurs: un avis favorable de la Santé publique, la nécessité de redonner un cadre d’apprentissage plus structuré à certains élèves ayant des besoins particuliers, le risque limité étant donné les conséquences moins graves de la COVID-19 pour les enfants et les personnes de moins de 60 ans, et une situation sous contrôle dans les hôpitaux.

Mais la principale raison demeure la nécessité de voir la vie reprendre un cours plus normal. Il s’agit essentiellement d’une raison de socialisation tout à fait justifiée. Il faut que les enfants puissent revoir leurs amis, leurs enseignants. Qu’ils retrouvent un milieu où ils peuvent socialiser.

En décrétant la réouverture des écoles et des milieux de garde, le premier ministre Legault marche sur des oeufs. Le comportement du virus SARS-CoV-2 est imprévisible. Le virus lui-même est encore méconnu. Il sera essentiel de pouvoir refermer la valve du déconfinement si jamais on observe des hausses de cas dans la population qui créeraient une pression insoutenable pour nos services hospitaliers.

L’idée de limiter le retour à l’école aux élèves de niveau primaire et aux enfants qui fréquentent des garderies était bien avisée. On imagine mal le goulot qu’un retour à l’école simultané pour le primaire et le secondaire aurait pu créer, peu importe que ce soit en mai ou en septembre.

Le caractère volontaire du retour à l’école est intéressant, même s’il entraîne dans son sillage une grosse dose d’inconnu pour les autorités du milieu de l’éducation: combien d’élèves seront effectivement de retour à l’école le 11 mai? Quel pourcentage de la clientèle normalement attendue cela représentera-t-il? Le nombre est une donnée importante car il devra déterminer la façon dont on réorganisera les espaces physiques dans les écoles. Ça aussi, c’est tout un casse-tête en vue.

Il y a encore beaucoup de flou dans ce processus de retour à l’école. Mais il reste encore deux semaines et à voir la créativité et la détermination des travailleurs du milieu de l’éducation, il est possible d’y arriver. Les directions et les équipes-écoles devront travailler fort. Et les parents devront collaborer.

Jusqu’à maintenant, dans cette crise du coronavirus, la population québécoise s’est – règle générale – comportée de façon exemplaire. Il faut maintenant favoriser un retour à la vie sociale, à l’épanouissement collectif, avec la plus grande des prudences. Souhaitons que l’échec du modèle des CHSLD et les cafouillages dans la gestion des ressources humaines dans le secteur de la santé servent de leçon sur ce qu’il faut faire et ne pas faire dans la remise en marche d’un paquebot comme celui de l’éducation.

Il faut maintenant se croiser les doigts et espérer que ça va réellement bien aller.