Il faut cesser de jouer à l’autruche

S’il y avait un bulletin scolaire des députés et des ministres, Julie Boulet serait certainement parmi les premières de classe en gestion des dossiers de circonscription, en fonctions ministérielles, en assiduité, en proximité avec les électeurs. Mais dans des matières comme les communications, les relations avec les médias et la gestion de crise, elle frôlerait certainement l’échec.

Quelques jours à peine après avoir maladroitement réagi à l’annonce de la candidature de Sonia LeBel pour la Coalition avenir Québec dans Champlain, voilà qu’elle ne fait rien pour faire taire les rumeurs selon lesquelles, finalement, elle pourrait décider de ne pas être candidate dans Laviolette–Saint-Maurice lors de la prochaine élection. On n’est pas loin du manque de respect envers les électeurs. Et envers un certain Pierre Giguère.

Depuis quelques jours, Julie Boulet refuse toute entrevue concernant sa réflexion quant à son avenir politique. Se terrer ainsi dans le mutisme alimente les rumeurs selon lesquelles elle pourrait finalement décider d’imiter ses collègues Martin Coiteux, Jean-Marc Fournier, Stéphanie Vallée et David Heurtel qui ont tous confirmé qu’ils n’allaient pas solliciter de nouveau mandat.

Julie Boulet est députée à l’Assemblée nationale depuis octobre 2001. Elle a occupé plusieurs fonctions ministérielles et a toujours joui d’une grande visibilité en raison, notamment, de son statut de ministre responsable de la Mauricie. Une telle expérience devrait faire d’elle une politicienne aguerrie, capable d’affronter la tempête lorsqu’il y en a une, capable au moins de répondre aux questions des journalistes lorsque la situation l’exige.

Personne ne se formaliserait du comportement de Julie Boulet s’il s’agissait d’une période normale de réflexion, dans un contexte normal.

Mais ici, doit-on le rappeler, le contexte n’est pas normal. La circonscription de Laviolette–Saint-Maurice est issue, essentiellement, du regroupement de deux circonscriptions actuelles dans le cadre du redécoupage de la carte électorale. Redécoupage qui, rappelons-le aussi, fait perdre une circonscription à la Mauricie. Deux députés libéraux en poste pouvaient donc légitimement prétendre à vouloir poursuivre le travail dans la circonscription regroupant l’essentiel des territoires actuels: Julie Boulet et Pierre Giguère.

Mais en février dernier, le premier ministre Philippe Couillard a utilisé une prérogative de chef de parti et a lui-même tranché: c’est Julie Boulet qui portera les couleurs du Parti libéral dans Laviolette–Saint-Maurice. Une question d’expérience, avait-il dit, et de poids régional. «Julie Boulet a de l’expérience et elle désire continuer son implication politique», avait alors indiqué M. Couillard. Le choix était logique: la majorité de Pierre Giguère, seul libéral élu dans Saint-Maurice depuis 1994, n’était que de 653 voix en 2014. Les majorités de Julie Boulet dans Laviolette sont toujours écrasantes.

Quelques jours après la décision, Julie Boulet s’était dite heureuse de cette marque de confiance. Elle considérait alors qu’elle n’avait pas encore fait le tour du jardin, et affirmait du même coup qu’elle était encore habitée par le désir de représenter ses concitoyens. «Je ne me vois pas faire autre chose ou rester chez moi», a-t-elle dit.

Moins de trois mois plus tard, voilà qu’il y a une réelle possibilité qu’elle soit en train de «se voir faire autre chose». Cette soudaine réflexion, ou plutôt cette façon de laisser courir les rumeurs, ressemble à un opportunisme qu’on ne lui associe pas spontanément. Peu importe les raisons de ce silence radar – la perspective de se retrouver sur les banquettes de l’opposition, de devoir siéger avec son frère Jean dans un autre parti, de ne pas obtenir l’appui des militants de Saint-Maurice, notamment – celui-ci n’a aucune raison d’être.

Pierre Giguère a beau être bon joueur en se disant prêt si jamais Julie Boulet décide de ne pas revenir, il n’en demeure pas moins que cette façon de jouer à l’autruche est un manque de respect et une autre piètre performance en matière de communications.