Martin Francoeur
Il faudra des investissements majeurs, une collaboration étroite du milieu touristique de la région, une volonté des gestionnaires de prendre un réel virage. Il faudra surtout une véritable prise de conscience, par le gouvernement fédéral et ses organismes bailleurs de fonds, de ce que signifie la désignation d’un lieu historique national.
Il faudra des investissements majeurs, une collaboration étroite du milieu touristique de la région, une volonté des gestionnaires de prendre un réel virage. Il faudra surtout une véritable prise de conscience, par le gouvernement fédéral et ses organismes bailleurs de fonds, de ce que signifie la désignation d’un lieu historique national.

Il faudra plus que des vœux pieux

ÉDITORIAL / Décidément, rien n’est facile pour le lieu historique national des Forges-du-Saint-Maurice. Pour remettre en état ce site et lui redonner un peu de vie, il faudra un coup de barre plus significatif que ce qui émane du rapport sur les consultations publiques menées à l’été 2019. Il faudra des investissements majeurs, une collaboration étroite du milieu touristique de la région, une volonté des gestionnaires de prendre un réel virage. Il faudra surtout une véritable prise de conscience, par le gouvernement fédéral et ses organismes bailleurs de fonds, de ce que signifie la désignation d’un lieu historique national.

Il aura fallu un an avant d’avoir accès au rapport des consultations publiques. Un an pour ce qui n’est ni plus ni moins qu’un procès-verbal de sept pages synthétisant ce qui a été dit lors des rencontres tenues l’an passé. Même si le document contient des pistes de modifications à apporter au plan directeur du site, il faudra plus que des vœux pieux.

Le professeur d’histoire à la retraite au Collège Laflèche, Alain Tapps, a parfaitement raison lorsqu’il dit qu’on peut mettre ce qu’on veut dans des rapports, mais que rien ne changera s’il n’y a pas de pression qui vient du milieu. Les élus locaux, peu importe le palier gouvernemental, ont un rôle à jouer, tout comme les organismes touristiques et Parcs Canada, l’entité gestionnaire du site.

La révision du plan directeur est un exercice essentiellement bureaucratique. On veut mettre à jour les orientations pour la gestion du lieu pour les dix prochaines années.

Parcs Canada dit prendre en compte les commentaires reçus lors de la consultation et assure que des modifications seront apportées au plan directeur pour refléter ces préoccupations. Les actions n’ont cependant rien de vraiment concret: renforcer l’animation du site, le rendre plus vivant et accueillant, travailler avec le milieu, encourager les partenaires et les intervenants à se mobiliser pour bonifier la programmation, mettre en œuvre un mécanisme de consultation pour améliorer la programmation et mieux harmoniser les intérêts du milieu, du public et de Parcs Canada, développer une priorisation et une stratégie de conservation des ressources culturelles, bonifier et mieux promouvoir l’offre de visite animée et surtout, la perle: se donner l’objectif d’augmenter la fréquentation du lieu.

Se donner l’objectif d’augmenter la fréquentation du lieu.

Ne devrait-ce pas être un élément fondamental de la mission même d’un organisme gestionnaire de lieux historiques nationaux, avec la conservation et la mise en valeur des lieux ainsi désignés? Si au moins on avait dit clairement: augmenter la fréquentation du lieu. Mais non, on préfère s’en «donner l’objectif». C’est moins astreignant, sans doute. Il n’y a pas d’obligation de résultat.

C’est là le problème des Forges. On a l’impression que le lieu a été laissé à l’abandon et que les investissements nécessaires pour redonner un peu de lustre et un peu de vie à ce site pourtant exceptionnel ne seront jamais au rendez-vous.

Les Forges ont besoin d’un traitement-choc, qui va au-delà des budgets récurrents, des plans directeurs et des consultations. Exactement comme la Ville de Trois-Rivières a fait avec le stade il y a une dizaine d’années, comme elle le fait présentement avec l’île Saint-Quentin et comme elle s’apprête à le faire avec la piscine de l’Exposition et la salle J.-Antonio-Thompson. La Ville a peut-être une expertise qui trouverait toute sa pertinence dans la gestion ou la cogestion du lieu historique national.

Il faut parfois penser en dehors de la boîte pour provoquer quelque chose. Le rapport de consultation, bien qu’il contienne quelques pistes encourageantes, n’est assurément pas le prélude à l’électrochoc nécessaire. Au moins il révèle une chose: la population locale et les intervenants tiennent à ce lieu, pour peu qu’il soit entretenu, accessible et animé.