Il faudra plus que des enquêtes

ÉDITORIAL / La mort d’une fillette de sept ans à Granby dans des circonstances choquantes vient raviver le débat concernant une réforme des services de la protection de la jeunesse au Québec. Non seulement est-il impératif que les enquêtes en cours et celles demandées par le ministre Lionel Carmant soient menées avec diligence, mais il est aussi nécessaire d’amorcer une sérieuse réflexion sur les façons de faire par lesquelles on tente de rencontrer les objectifs enchâssés dans la Loi sur la protection de la jeunesse.

Une réforme de la Direction de la protection de la jeunesse semble de plus en plus pertinente. Les histoires d’horreur concernant le travail de la DPJ continuent de s’accumuler sans que le fonctionnement même de cet organe soit réévalué en profondeur.

D’abord, cette histoire survenue à Granby vient démontrer l’incapacité de la DPJ de donner suite rapidement et efficacement aux signalements. Les enquêtes en cours nous diront exactement ce qui en est, mais disons que les premiers témoignages – notamment celui de la grand-maman de la fillette décédée – en disent beaucoup sur le dysfonctionnement de la DPJ.

Le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, a demandé à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ) d’ouvrir une enquête, compte tenu des «failles» qu’il observe déjà dans ce dossier.

Des failles? Appelons cela des catastrophes. La fillette était connue de la DPJ depuis son plus jeune âge et il y avait eu une intervention donnant suite à un signalement, pas plus tard que le mois dernier.

Il n’est certainement pas normal que la fillette morte à Granby après avoir été séquestrée et ligotée dans la maison familiale ait été laissée à la garde de son père, vraisemblablement aux prises avec des problèmes de santé mentale. Comment se fait-il que l’enfant n’ait pas été prise en charge malgré des demandes répétées d’intervention? Pourquoi, par exemple, n’a-t-on pas pu tenir compte des demandes de la grand-mère paternelle, qui s’occupait de la fillette et de son petit frère de cinq ans avant que ceux-ci retournent chez leur père?

Les enquêtes de la Sûreté du Québec, du coroner, du CIUSSS de l’Estrie et de la CDPDJ devraient permettre de découvrir ce qui n’a pas fonctionné pour ce cas spécifique.

Cette histoire tragique révèle que le problème est beaucoup plus large. Il y aurait pas moins de 400 dossiers en attente à la DPJ de l’Estrie. À l’échelle du Québec, on parlait récemment d’une liste de 3000 noms d’enfants en attente d’une évaluation. Et on parle beaucoup, aussi, d’une pénurie d’intervenants de première ligne, notamment dans les centres jeunesse. De normes administratives que certains perçoivent de plus en plus comme des quotas d’interventions. De manque de soutien clinique.

Il y a quelques mois, l’Ordre des travailleurs sociaux et des thérapeutes conjugaux et familiaux du Québec parlait d’une crise dans les services de protection de la jeunesse et appelait à la modernisation du fonctionnement de la DPJ.

Les événements des derniers jours donnent raison à ces professionnels qui sont bien placés pour voir comment l’organisme s’éloigne de la mission que lui confère la Loi sur la protection de la jeunesse.

Ce n’est pas d’hier qu’on parle de la nécessité de réformer la DPJ. Dans la région, il en avait encore été question il y a six mois à peine, alors que la juge Marie-Josée Ménard avait rendu un jugement accablant contre la DPJ de la Mauricie–Centre-du-Québec, qu’elle estime responsable de l’abandon d’une enfant au sein d’une famille d’accueil «toxique» et «dysfonctionnelle» pendant six ans. Un «échec lamentable», avait-elle écrit pour qualifier le travail de la DPJ.

Quand va-t-on enfin prendre acte de ces décisions coup-de-poing? De ces appels à l’action? Il est inacceptable d’attendre que surviennent d’autres drames comme celui de Granby.