Dès lundi, des employés de Delastek, à Shawinigan, retourneront au travail.

Il était grand temps que ça finisse

Mille soixante-treize jours. C’est presque trois ans et c’est beaucoup trop long pour un conflit de travail. Dès lundi, des employés de Delastek, à Shawinigan, retourneront au travail. C’est une bonne nouvelle pour tout le monde: pour les employés eux-mêmes, pour l’employeur, pour le milieu économique de Shawinigan, pour les clients de l’entreprise. Même si tout n’est pas réglé, il y a lieu de pousser un grand soupir de soulagement et de mettre aux archives ce conflit aussi âpre que désespérant.

Désespérant parce que ce conflit a été empreint de mépris d’un côté et d’acharnement de l’autre. Au cours des trois dernières années, les coups de gueule et les gestes d’éclat du président de Delastek ont été nombreux. On peut penser à la suggestion d’isoler la roulotte des grévistes, à la menace de transférer une partie de la production au Mexique ou aux États-Unis, au blâme jeté à la Ville de Shawinigan ou encore à une série de déclarations à l’emporte-pièce selon lesquelles il accordait peu d’importance aux interventions du syndicat et aux syndiqués eux-mêmes.

Le conflit aura aussi été difficile pour les employés qui continuaient à travailler pendant que les syndiqués étaient sur le piquet de grève. Il s’est dit beaucoup de choses dans les médias par le syndicat et on n’avait pas toujours l’envers de la médaille.

Bref, personne n’est mécontent que ce soit réglé.

Mais l’est-ce vraiment?

Les employés syndiqués auront beau retourner au travail en vagues successives, il n’en demeure pas moins qu’ils seront toujours sans convention collective. Il reste toujours des points en suspens, qui seront soumis à l’arbitrage. Et ce ne sont pas des points mineurs: on parle des clauses relatives au monétaire et la détermination du moment où le travail passe de la recherche et développement à celui de la production. Le nœud du conflit était là.

Heureusement, le président de Delastek, qui n’était pas disponible pour commenter vendredi, a déjà indiqué qu’il allait «mettre de l’eau dans son vin» une fois le conflit réglé. «Ça fait partie de nos objectifs que d’avoir une meilleure communication avec tous les employés. C’est ce qu’il va falloir travailler ensemble», avait-il mentionné en 2016. Souhaitons que ses intentions n’aient pas changé.

Les batailles successives dans cette guerre d’usure ont souvent été remportées par la partie syndicale. Et s’il y a un protocole de retour au travail, ces victoires, notamment devant le Tribunal administratif du travail, n’y sont certainement pas étrangères. Le syndicat a obtenu gain de cause dans les deux jugements rendus par le TAT: un premier qui confirme qu’il y a eu des congédiements illégaux et un autre qui conclut que Delastek recourait aux services de briseurs de grève.

Non seulement ces récentes décisions donnaient raison au syndicat mais elles n’étaient pas tendres envers l’employeur. La juge administrative Myriam Bédard n’a pas hésité à mentionner que Delastek «a manqué à son obligation de négocier de bonne foi», que les avis d’abolition de postes visaient à «contraindre les salariés de cesser d’être membres d’Unifor section locale 1209 et de cesser d’exercer leur droit de grève». Une telle mesure, a-t-elle ajouté, était nettement entachée d’antisyndicalisme et constitue une manifestation éloquente de l’hostilité de l’employeur envers le processus de négociation.

En plus de laisser des questions en suspens à l’intérieur de l’usine, le conflit qui se termine en laisse aussi dans la cour du législateur. Le syndicat a raison de faire ce constat selon lequel la loi anti-briseurs de grève est inefficace. À preuve, le conflit prend fin dans les jours qui suivent une décision qui ordonne à Delastek de ne plus recourir aux services de 15 personnes identifiées clairement comme des briseurs de grève.

Il y aura des leçons à tirer de ce conflit. Pour régler les questions en suspens, certes, mais surtout pour éviter que d’autres conflits se prolongent sur une aussi longue période.