Hydro-Québec et ses millions

ÉDITORIAL / Quand Hydro-Québec annonce des travaux de réfection ou de réhabilitation majeurs en Haute-Mauricie, c’est toute une communauté qui pousse un grand soupir de soulagement. On se doute bien que l’impact d’un chantier de 600 millions $ est majeur sur l’économie de La Tuque et de ses environs et en ce sens, l’annonce faite par la société d’État lundi est une excellente nouvelle.

Vraisemblablement, le courant semble de nouveau passer entre le maire de La Tuque et les dirigeants d’Hydro-Québec. Le maire Tremblay, qui ne s’était pas gêné pour exprimer son mécontentement quant à la qualité et la stabilité du réseau en Haute-Mauricie et quant à l’absence d’une équipe permanente de monteurs de ligne à La Tuque, avait provoqué un certain ras-le-bol chez les dirigeants d’Hydro-Québec. On assistait, jusqu’à tout récemment, à un dialogue de sourds.

Mais le ciel semble s’être dégagé depuis. Lundi, les sourires étaient revenus sur les visages de ces acteurs. Il y a de quoi. Hydro-Québec investira près de 613 millions $ pour réhabiliter la centrale Rapide-Blanc. On procédera notamment au renouvellement des six groupes turbine-alternateur de la centrale. En tout, ces travaux pourraient entraîner la création d’une centaine d’emplois et générer des retombées économiques de près de 80 millions $ pour la région.

À plus de 600 millions $, l’investissement est plus important encore que celui réalisé à Shawinigan, au début des années 2000, pour la reconstruction de la centrale Grand-Mère. Quelques années plus tard, Hydro-Québec s’était lancé dans un projet dont la valeur frôlait le milliard de dollars: celui de la construction des aménagements de Chute-Allard et de Rapides-des-Cœurs, d’une puissance totale d’environ 139 MW. Les travaux se sont échelonnés sur une période de quatre ans, de 2005 à 2009.

Cette fois, dans le cas de Rapide-Blanc, les travaux devraient s’étirer jusqu’en 2026. C’est un chantier majeur. Et les retombées, pour une ville comme La Tuque, seront encore phénoménales. La centrale de Rapide-Blanc est encore plus proche de la ville que le sont celles de Chute-Allard et de Rapides-des-Coeurs, ce qui pourrait favoriser l’installation des travailleurs à La Tuque plutôt que dans des camps isolés près des ouvrages en question.

La communication semble bonne entre Hydro-Québec et le milieu latuquois. Des rencontres ont déjà eu lieu pour voir quelles pourraient être les opportunités à saisir pour la communauté de La Tuque. Comment accommoder les travailleurs additionnels qui seront requis? Comment maximiser la sous-traitance et répondre aux besoins d’un tel chantier? Les questions sont nombreuses et elles nécessitent, effectivement, une rigoureuse planification.

De telles retombées, même si elles sont évidemment bien accueillies, constituent toutefois une mince consolation. Hydro-Québec est propriétaire de tous les droits hydrauliques de la rivière Saint-Maurice, du barrage Gouin jusqu’à Trois-Rivières. Mais la région, doit-on le rappeler, ne tire pas de redevances directes et récurrentes de la présence de neuf des onze centrales qui la jalonnent.

Si elle avait droit à de telles redevances, la région n’aurait plus à attendre les annonces de travaux de réfection pour pousser des soupirs de soulagement.

Mais puisqu’on n’en est pas encore là, il faut déjà se croiser les doigts pour que la société d’État aille de l’avant avec son prochain grand projet de réfection. Il est déjà connu que la centrale de La Trenche aura besoin d’investissements semblables au cours des prochaines années et même si on n’en est qu’au stade des travaux préliminaires pour Rapide-Blanc, on veut déjà mettre la table pour les travaux de La Trenche.

Des chantiers dont la valeur se mesure en centaines de millions de dollars, ça ne court pas les rues. Normal qu’on veuille en profiter de la façon la plus avisée et la mieux préparée qui soit.