Hydro-Québec demande à la Régie de l'énergieune augmentation de 1,1 % pour l'an prochain.

Hydro-Québec et la gourmandise

Comme elle le fait chaque année, c'est en pleines vacances de la construction, alors que Monsieur et Madame Tout-le-monde ont la tête ailleurs, qu'Hydro-Québec demande à la Régie de l'énergie la permission de hausser ses tarifs d'électricité. Cette fois, c'est une augmentation de 1,1 % qu'elle demande pour l'an prochain, une hausse qui s'appliquerait à tous ses clients résidentiels et la majorité de ses clients d'affaires. C'est la même société d'État qui, en avril dernier, faisait la manchette parce qu'elle avait encaissé des trop-perçus totalisant 1,4 milliard $ depuis 2008.
Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'Hydro-Québec semble avoir une capacité de ponction à peu près sans limites dans le portefeuille des contribuables. Cette fois, elle justifie cette hausse par l'augmentation des coûts d'achat d'électricité, par l'impact de la mise en service de différents équipements de transport à haute tension, et par l'augmentation de certains coûts de distribution.
On ne sait pas encore quel sera le verdict de la Régie de l'énergie, qui tiendra des audiences publiques sur cette demande en décembre prochain. On peut par contre dire sans trop se tromper qu'il y aura une hausse, une autre diront certains. Est-ce qu'elle sera de 1,1 %? La question reste entière.
Peut-être que la Régie de l'énergie sera tentée de rappeler à Hydro-Québec qu'elle a puisé trop d'argent dans les poches de ses clients. En avril dernier, la Régie avait indiqué que ce sont les abonnés qui devaient bénéficier des trop-perçus.
Mais le ministre de l'Énergie et des Ressources naturelles, Pierre Arcand, avait vite dissipé tous les espoirs de la population de voir baisser les tarifs d'Hydro ou de voir un crédit sur leur facture suivante. Le ministre Arcand avait rappelé que le gouvernement avait clairement indiqué en 2014
que les trop-perçus d'Hydro serviraient à équilibrer le budget de la province.
C'est un peu tordu d'officialiser ainsi, en quelque sorte, la vocation de percepteur d'impôts qu'on associe à un fournisseur d'électricité. On n'hésite pas à se servir de ce que les Québécois ont défrayé en trop pour équilibrer les finances publiques et ainsi défrayer les coûts reliés aux services de santé ou d'éducation, à l'aide sociale, à la réfection des routes ou aux augmentations de salaire des fonctionnaires.
Normalement, ce sont les impôts et les taxes qui doivent générer les revenus de l'État. Le compte d'électricité, lui, devrait refléter la consommation et obliger le client à payer pour ce qu'il consomme, point.
Il est vrai que les hausses récentes, comme celle demandée, sont en deçà de la hausse du coût de la vie. Il est vrai aussi que le coût de l'électricité au Québec demeure parmi les plus bas en Amérique du Nord. À Montréal, un kilowattheure résidentiel coûte environ 0,0719 $. Il en coûte le double à Toronto et le quadruple à San Francisco ou à New York. Mais n'est-ce pas un juste retour des choses pour une province qui a choisi de développer la filière hydroélectrique à coups de grands projets? 
On peut croire la société d'État lorsqu'elle explique les motifs justifiant ses demandes d'augmentation des tarifs. Mais la répétition devient lassante pour la population. Et quand, en plus, il y a des trop-perçus, ça donne l'impression que les poches des contribuables sont inépuisables et qu'on peut s'y ravitailler allègrement.
Pire encore, plus ça va et plus on donne l'impression aux Québécois qu'on se sert de leur facture d'électricité pour aller chercher encore plus d'argent pour payer des choses qui n'ont rien à voir avec la production et le transport d'électricité. Ce serait trop mal vu d'augmenter davantage les taxes et les impôts, alors on passe par le compte d'Hydro.
Parce que si les Québécois sont parmi ceux qui ont l'électricité la moins chère, ils sont aussi ceux qui sont parmi les plus taxés.
Et c'est là que la vache à lait devient soudainement plus gourmande.