Histoires de femmes

ÉDITORIAL / L’actualité nous offre parfois d’intéressantes coïncidences. Cette semaine, la politique québécoise et la politique finlandaise nous offrent chacune une belle illustration de la présence et du savoir-faire des femmes en politique.

Chez nous, l’annonce faite lundi par la ministre de la Justice Sonia LeBel concernant la mise en oeuvre d’un projet pilote qui permettra d’offrir gratuitement des services d’accompagnement et de conseils juridiques aux victimes de violences sexuelles, constituait un des premiers fruits du comité transpartisan formé pour aborder cette question.

En injectant 2,6 millions $ dans ce projet visant à personnaliser l’aide offerte aux victimes, Québec envoie un signal clair: on ne laissera plus ces personnes à elles-mêmes devant un système de justice imposant, intimidant et décourageant. Les victimes qui le souhaitent pourront désormais obtenir du soutien psychologique, mais aussi des conseils ou de l’information sur le processus de plainte formelle et sur le fonctionnement du système de justice. C’est ce qui pourrait leur permettre d’entreprendre des démarches juridiques de façon éclairée ou de privilégier un processus de réconciliation.

Au-delà de cette avancée intéressante, on retiendra surtout le contexte dans lequel se fait le travail visant à aider les victimes de violences sexuelles et conjugales. La ministre LeBel avait formé, l’an dernier, un comité parlementaire réunissant des députées de chacune des formations politiques représentées à l’Assemblée nationale. Outre la ministre elle-même, on retrouve au sein de ce comité Hélène David du Parti libéral, Christine Labrie de Québec solidaire et Véronique Hivon du Parti québécois.

Leur passage à Tout le monde en parle, il y a presque un an, avait été remarqué: il est possible de faire de la politique autrement que de façon bêtement partisane. Le fait que ce soit un sujet sensible et que ce soit quatre femmes qui sont les porteuses de ce dossier n’y est certainement pas étranger.

Les quatre parlementaires étaient d’ailleurs réunies pour la conférence de presse. Elles ont insisté une fois de plus que les travaux de leur comité se faisaient dans un réel esprit de coopération.

À plus de 6000 kilomètres d’ici, en Finlande, Sanna Marin, 34 ans, est officiellement devenue, mardi, la plus jeune chef de gouvernement en exercice sur la planète. Mais le plus remarquable, c’est qu’elle est à la tête d’une coalition de centre-gauche formée de quatre autres partis politiques, tous dirigés par des femmes. Trois des quatre femmes à la tête de ces partis ont aussi moins de 35 ans.

La Finlande fait figure de pionnière dans l’égalité des sexes. En plus d’avoir été le premier pays d’Europe à avoir accordé le droit de vote aux femmes, en 1906, il a vu deux femmes, avant Sanna Marin, occuper la fonction de première ministre. Les deux l’ont été alors qu’une autre femme, Tarja Halonen, était présidente (2000-2012).

La nouvelle première ministre incarne, dit-on, une génération montante de femmes politiques dans ce pays nordique. Née en 1985, Sanna Marin a grandi au sein d’une famille homoparentale, avec sa mère et la conjointe de celle-ci. Elle admet volontiers que ses origines modestes ont contribué à définir son engagement politique et que le contexte familial dans lequel elle a grandi lui a permis de prendre conscience de l’importance de l’égalité, de la justice et des droits de la personne.

Il faut souhaiter que le fait que l’actualité soit ponctuée d’exemples forts de la présence féminine en politique puisse être un facteur qui incitera davantage de femmes à s’y lancer. Une bonne majorité des exemples féminins que l’on voit beaucoup ces temps-ci – de Marguerite Blais à Nancy Pelosi, en passant par Angela Merkel, Chrystia Freeland, Danielle McCann, Elisabeth Warren ou Alexandria Ocasio-Cortez, pour ne nommer que celles-là – sont certainement des modèles inspirants.

Des modèles qui démontrent assez clairement qu’on peut faire de la politique autrement.