Le président américain Donald Trump.

Hillary avait raison

Il y a des règles non écrites qui guident la conduite des chefs d'État. Normalement, par exemple, celui-ci se doit d'apaiser les tensions à l'intérieur même de ses frontières. Il doit montrer à la nation qu'il gouverne sa compassion, envoyer des messages forts pour dénoncer des comportements ou des idéologies inacceptables. Non seulement Donald Trump se fout de ces règles tacites, mais il est en train de légitimer les propos et les actions de l'extrême droite. C'est grave.
Mercredi, le président des États-Unis n'a pas assisté aux funérailles de Heather Heyer, la victime de James Fields, ce sympathisant néonazi qui était au volant de la voiture qui a foncé dans la foule à Charlottesville. Cette absence, critiquée, constituait une nouvelle étape d'une ahurissante succession de déclarations et d'actions qui ont pour conséquence de décomplexer l'extrême droite, de banaliser les doctrines pernicieuses comme celle du suprématisme blanc et d'attiser une haine dans un pays déjà sous tension.
Donald Trump avait d'abord tenu «plusieurs camps» responsables de l'explosion de violence à Charlottesville. Alors que tout le monde ou à peu près dénonçait la haine et la provocation des groupes d'extrême droite et condamnait le geste posé par ce sympathisant néonazi, le président alléguait ni plus ni moins que les victimes avaient couru après...
La réaction de Trump a provoqué un vent d'indignation qui l'a contraint à préciser sa pensée. Lundi, dans une déclaration, il a dénoncé les violences racistes des suprémacistes blancs, du Ku Klux Klan et des néonazis, qu'il a qualifiés de «criminels» et de «voyous». C'était trop peu, trop tard. Mais ça avait le mérite d'être clair.
Sa déclaration suivante, mardi, nous a bien sûr démontré que ses propos de lundi n'exprimaient pas vraiment le fond de sa pensée. Il a répété sa thèse du partage des torts, allant même jusqu'à reprocher aux militants de la gauche d'avoir attaqué ou provoqué ceux de l'extrême droite. Les suprémacistes blancs ont salué ces propos.
Le fait de revenir ainsi spontanément sur sa déclaration de condamnation a démontré qu'il n'y a pas un «deuxième» Donald Trump, plus repentant et plus censé. 
C'est exactement ce que disait Hillary Clinton, il y a presque un an jour pour jour, en pleine campagne présidentielle.
«Je sais que certaines personnes veulent toujours accorder le bénéfice du doute à Donald Trump. Elles espèrent qu'il pourrait un jour se réinventer, démontrer qu'il existe un Donald Trump plus gentil, plus responsable, qui attend quelque part dans les coulisses. Mais voici la dure réalité: il n'y a pas d'autre Donald Trump que celui qu'on connaît», déclarait-elle alors
Dans le même discours, la candidate démocrate mentionnait que son adversaire avait bâti sa campagne sur la haine et la paranoïa. «Il a démarginalisé les groupes haineux, aidant ainsi une fange radicale à prendre le contrôle du Parti républicain. C'est un aperçu perturbant de ce qu'il pourrait être en tant que président», prévoyait-elle déjà.
Hillary Clinton avait aussi rappelé l'épisode au cours du quel un journaliste avait demandé à Trump, en entrevue, s'il allait désavouer l'appui qu'il venait de recevoir de la part de David Duke, un ancien grand responsable du Ku Klux Klan. Donald Trump ne l'a pas fait. Il a contourné le sujet. Ce n'est que par la suite, toujours sous la pression de son entourage et de l'opinion publique, qu'il s'est rétracté et qu'il a finalement condamné du bout des lèvres l'idéologie véhiculée par Duke et ses coreligionnaires.
C'est ce même Duke qui a remercié mardi le président Trump pour son honnêteté et son courage en condamnant «les terroristes de la gauche» dans la tragédie de Charlottesville.
C'en dit long sur l'interprétation du message de Donald Trump et sur l'impression générale de bénédiction que laissent ses propos. C'est ça qui est le plus inquiétant.