Alexandre Boulerice et le chef du NPD, Jagmeet Singh.

Grosse commande pour le chef adjoint

ÉDITORIAL / La mission confiée à Alexandre Boulerice par le chef du Nouveau Parti démocratique, Jagmeet Singh, est colossale: accroître les chances de succès du parti au Québec. Mais s’il y en a un qui est capable de relever un tel défi, c’est bien lui.

Le principal intéressé ne le cachait pas, lundi, lors du point de presse annonçant sa désignation comme chef adjoint du NPD. Le parti, a-t-il dit, n’est pas exactement là où les néo-démocrates voudraient qu’il soit, au Québec comme ailleurs au pays.

À l’échelle nationale, le NPD se situe, selon le plus récent coup de sonde réalisé par Ipsos, autour de 20 % d’intentions de vote. Au Québec, ce pourcentage chute à 14 %, derrière les libéraux (35 %), les conservateurs (29 %) et les bloquistes (19 %). Un autre sondage, de Léger celui-là, donnait 12,7 % des intentions de vote au NPD à l’échelle du Canada, mais cet appui chute à 10,3 % au Québec.

D’aussi bas pourcentages laissent entrevoir bien peu de sièges à la Chambre des communes. Selon le portrait actuel, il apparaît impossible de faire des gains de sièges au Québec. Il apparaît même laborieux de sauver la quinzaine de députés que le parti compte au Québec présentement. Alexandre Boulerice est celui qui est le plus susceptible de conserver son siège de député de Rosemont–La Petite-Patrie.

Mais comme l’élection n’a lieu que dans sept mois, le NPD peut encore remonter la pente, surtout si le Parti libéral de Justin Trudeau continue de mal paraître. Lors de la récente élection complémentaire dans Outremont, la candidate néo-démocrate a terminé deuxième, avec 26 % des voix, un meilleur résultat que ce que plusieurs observateurs prédisaient.

Alexandre Boulerice incarne assurément la voix forte que le Québec se devait d’avoir au sein du NPD. Élu pour la première fois en 2011, il est devenu un député expérimenté, un débatteur redoutable et un brillant parlementaire.

En lui confiant le poste de «chef adjoint» du NPD, Jagmeet Singh espère colmater la fissure qui s’est progressivement ouverte entre le parti et les électeurs québécois, surtout depuis le départ de Thomas Mulcair.

D’ailleurs, il y a une parenté entre la désignation d’Alexandre Boulerice comme chef adjoint et celle de Thomas Mulcair à ce même titre, en 2009. Thomas Mulcair avait remporté une partielle dans Outremont en 2007 et avait été réélu à l’élection générale de 2008. Quelques mois après, Jack Layton l’avait nommé co-chef adjoint du NPD, avec la députée britanno-colombienne Libby Davies. Thomas Mulcair est rapidement devenu la voix du Québec au sein du parti, ce qui l’a plutôt bien servi lorsqu’il a succédé à Jack Layton. Les électeurs québécois avaient un modèle pour leur rappeler que le NPD s’était considérablement rapproché du Québec, surtout grâce au charisme de Jack Layton quelques années auparavant.

Lucide, Alexandre Boulerice est conscient qu’il ne lui reste que quelques mois pour donner un coup de barre et permettre à son parti de reconquérir une partie de l’électorat québécois. Il dit vouloir changer d’approche, prendre le taureau par les cornes, être plus tranchant, plus clair sur certains enjeux pour mieux passer le message du NPD.

Son rôle sera d’aider Jagmeet Singh à mieux livrer ce message. Au cours des derniers mois, les électeurs québécois ont pu avoir l’impression que le NPD et son chef avaient manqué de sensibilité dans les dossiers qui touchent le Québec à Ottawa. Le chef néo-démocrate a multiplié les visites au Québec, ces derniers mois, mais cela ne se traduit pas encore en intentions de vote.

C’est cette commande qui est passée à Alexandre Boulerice et vraisemblablement, ce dernier pourra compter sur Robert Aubin et sur Ruth Ellen Brosseau pour la remplir. Les deux députés solliciteront un troisième mandat et même si le portrait actuel n’est pas le plus réjouissant, bien des choses peuvent encore changer en sept mois.