Grand succès, grands défis

Le rideau est tombé, dimanche, sur la vingt-sixième édition du FestiVoix. En attendant le bilan officiel, qui sera présenté vendredi, il est facile de constater que l’événement a connu un succès éclatant. Fréquentation à la hausse, programmation artistique relevée et diversifiée, enthousiasme des partenaires et des festivaliers: le FestiVoix a de quoi faire l’envie de plusieurs événements semblables. Trois-Rivières a toutes les raisons de s’enorgueillir d’avoir dans sa cour un événement comme le FestiVoix.

Il ne fait pas de doute que les Trifluviens – mais aussi bien des Mauriciens et des Centricois – se sont approprié l’événement. Ils y reviennent sans cesse chaque année, fidèles au rendez-vous avec leurs artistes préférés et ouverts aux découvertes.

Il y a eu quelques bémols, cette année, exprimés par des festivaliers qui ont vécu une expérience personnelle peu réjouissante ou qui ont déploré des politiques de l’organisation. Dans certains cas, il s’agissait de malentendus. Dans d’autres, il s’agit d’épisode de zèle de la part de certains bénévoles. Mais de façon générale, il s’agit peut-être d’un manque de communication de la part de l’organisation.

Un festival doit ratisser large, plaire au plus grand nombre de publics possible, en accommodant du mieux qu’il peut les clientèles particulières. Mais ça reste un festival, un événement extérieur, grand public, festif, dans un cadre plutôt restreint. Interdire aux festivaliers d’apporter leur chaise pliante sur le site des Voix populaires n’est pas une mauvaise décision. Il y avait plein de sièges sur les sites du festival. Et des écrans géants d’où on pouvait, en étant confortablement assis, assister aux performances des grandes scènes.

Il suffit, peut-être, de mieux communiquer les raisons derrière une telle décision. Et de s’assurer que les bénévoles relaient l’information de la façon la plus uniforme et la plus respectueuse qui soit.

Au-delà de ces considérations logistiques, le FestiVoix demeure un grand rendez-vous populaire et artistique. Si on peut se réjouir d’avoir des spectacles rassembleurs – disons des valeurs sûres –, il faut aussi saluer l’audace des programmateurs. Le rappeur Fouki, qu’on a dû déménager sur la grande scène tant la demande était forte. David Goudreault, parfait dans la cour de la vieille prison. Julie Massicotte, qui aura fait taire tous ceux qui croyaient qu’on ne pouvait pas faire de spectacle hommage à Ginette Reno. La liste est longue.

Ironiquement, un des plus grands moments du FestiVoix était sans voix. Dimanche soir, le pianiste Jean-Michel Blais a offert un spectacle hors norme dans la cour des Ursulines. Un moment de pure magie. Le Nicolétain avouait que c’était une des rares fois qu’il jouait en plein air. Pourtant, sa musique s’y prête parfaitement. Dimanche, le chant des oiseaux, le murmure du vent dans les arbres, les cris et les rires d’enfants se sont invités dans ses compositions. Et dans cet écrin de verdure, c’était parfaitement sublime.

Si le succès semble fidèle au rendez-vous, les défis demeurent nombreux pour l’organisation du FestiVoix. Parmi ces défis, il y a celui de l’occupation du territoire. Gérer la croissance n’est pas une mince affaire, surtout dans un cadre urbain sensible. Le FestiVoix trouve certainement une partie de son charme dans le fait qu’il soit en plein cœur de l’arrondissement historique, mais du même coup, il y a un effet envahissant considérable. Le paysage du Vieux-Trois-Rivières en prend pour son rhume pendant la durée de l’événement et même au-delà. Des touristes de passage ne peuvent pas apprécier le parc portuaire et le site patrimonial de la même façon que ceux qui viennent en d’autres moments de l’année.

Le problème, avec le FestiVoix, c’est qu’il dure des mois. Le montage de la grande estrade pour les loges et les VIP commence en mai. Et le démontage, même s’il est déjà bien amorcé, prendra quelques semaines encore.