Mais d’où sort donc cette idée de vouloir réduire le nombre d’assemblées publiques du conseil?

Gérer la ville en catimini?

Mais d’où sort donc cette idée, avancée par le chef de cabinet du maire Yves Lévesque, de vouloir réduire le nombre d’assemblées publiques du conseil et de confier un rôle plus large au comité exécutif de la Ville?

D’où vient donc cette obsession de vouloir tenir le public le plus loin possible des décisions prises à l’hôtel de ville? 

Même si cette idée n’a été lancée que pour apparemment susciter une réflexion sur les façons de faire, il est clair qu’elle s’inscrit dans une philosophie selon laquelle moins le peuple en sait, mieux c’est. Et ça, c’est non seulement dangereux, mais ça va à l’encontre de tout ce qui se fait dans la plupart des villes de taille comparable à Trois-Rivières en matière de transparence, de divulgation proactive, d’accès à l’information et de participation au débat public.

Le directeur de cabinet d’Yves Lévesque, Roger D. Landry, a demandé à l’état-major de la Ville, en juin dernier, à ce qu’on procède à la révision des procédures du conseil municipal, afin de les faire passer à une séance par mois seulement. Conséquemment, il plaidait pour un élargissement du rôle dévolu au comité exécutif et une augmentation de la fréquence de ses réunions. 

Le hic, c’est que les assemblées du conseil municipal sont publiques et constituent l’unique occasion d’échange entre les citoyens et leurs élus, tandis que les séances du comité exécutif se tiennent à huis clos.

À Trois-Rivières, le comité exécutif est composé de quatre conseillers municipaux nommés par le maire. Et ce dernier devrait, en principe, en présider les réunions. En principe, puisque le maire sortant n’assiste que très rarement – son taux d’absentéisme est de 94 % depuis 2008 – aux réunions de ce comité. 

Le rôle de l’exécutif devrait être de libérer le conseil municipal de certaines décisions courantes. Dans les faits, les réunions du comité exécutif durent rarement plus de vingt minutes même s’il y a cinquante ou soixante résolutions à l’ordre du jour.

Le fait de vouloir confier davantage de responsabilités au comité exécutif, même si ce n’est qu’une idée soumise pour réflexion, s’inscrit dans une tendance à vouloir rendre les décisions plus hermétiques en les confiant à une partie des élus seulement et en les faisant adopter à huis clos. Ça envoie un très mauvais message, surtout à une époque où on tente de combattre le cynisme envers les institutions politiques.

C’est curieux parce qu’il y a tant d’exemples intéressants d’ouverture et d’accès aux institutions. À Sherbrooke, notamment, on tient autant d’assemblées publiques du conseil que Trois-Rivières. On les rend accessibles en audio et en vidéo. On rend aussi accessible la diffusion audio des comités pléniers – ces réunions qui servent à préparer les assemblées publiques. 

Mieux encore, on dépose sur le site web de la Ville les documents rattachés à chacun des points à l’ordre du jour. Pour une réunion, il peut y avoir entre 800 et 1000 pages de documents. Évidemment, les procès-verbaux sont tous disponibles rapidement. 

À Lévis, on offre la webdiffusion des assemblées du conseil municipal. À Saguenay aussi. D’ailleurs, Saguenay a posé certains gestes significatifs en matière de diffusion proactive en mettant notamment en ligne les comptes de dépenses de tous les élus de la Ville et des arrondissements.

On a l’impression que Trois-Rivières est non seulement à des lunes de ces avancées, mais qu’elle pourrait même régresser.

Parce que même si le maire sortant affirme que la Ville n’ira pas de l’avant et que la fréquence des assemblées va demeurer à deux fois par mois, il n’en demeure pas moins que c’est son chef de cabinet qui a amené le sujet devant tous les directeurs de services de la Ville.

Il y a tant de possibilités qui s’offrent pour améliorer la transparence ou du moins l’impression de gestion transparente des villes et des municipalités. Il faut croire que ce qui manque, c’est la volonté politique.