Gentilshommes dans la bouette

ÉDITORIAL / On les savait gentils, affables, disciplinés et relativement respectueux. Maintenant, on sait que les trois principaux candidats à la mairie de Trois-Rivières sont aussi capables de faire preuve de pugnacité, d’être agressifs quand il le faut et de placer quelques coups bas lorsque l’occasion le requiert. Le débat présenté jeudi par Radio-Canada Mauricie a démontré que lorsqu’ils sont sous pression, les candidats peuvent donner l’impression de lutter dans la bouette.

Bien plus que de permettre aux électeurs de démêler les idées et les propositions de chacun des candidats, ce débat en disait long sur la personnalité et le caractère des trois principaux prétendants à la mairie.

Il faut aller au-delà de la question visant à savoir s’il y a eu un gagnant pour déterminer en quoi ce débat aura été utile aux électeurs. La formule retenue par l’équipe de Radio-Canada a permis d’aborder trois grands thèmes qui ont donné lieu à un flot de propositions, certaines plus concrètes que d’autres. La plupart du temps, les candidats avaient tout le loisir de répéter certains engagements qu’ils ont déjà formulés et annoncés. Mais ils ont parfois dû défendre ceux-ci au hasard d’une attaque d’un adversaire.

Meneur dans les intentions de vote selon le sondage Mainstreet publié jeudi dans ces pages, Jean-François Aubin a dû jouer sur la défensive plus souvent qu’à son tour. Il est cependant celui qui a démontré la connaissance la plus pointue de l’appareil municipal, des dossiers en cours, des enjeux principaux, des contraintes budgétaires et des choix qu’il faudra nécessairement faire. Son expérience comme conseiller municipal et comme candidat à la mairie en 2017 l’a bien servi dans un exercice comme celui-là, malgré une variation dans le ton – il a voulu se montrer d’attaque et batailleur – qui ne lui allait pas toujours très bien.

Éric Lord, à qui le sondage Mainstreet–Le Nouvelliste attribue 17,7 % des intentions de vote, s’est présenté au débat comme étant celui qui n’avait rien à perdre. Il s’est fait le plus insistant et certainement le plus passionné des trois sur plusieurs dossiers.

Jean Lamarche, deuxième dans les intentions de vote, a donné quelques bons coups à ses adversaires. Il a parfois voulu jouer sur la forme en utilisant l’humour et en jouant au professeur sur certains points. Il est aussi celui qui a fait appel à l’émotion, en parlant de ses origines ou de sa famille.

Mais c’est lui que la nervosité semble avoir le plus handicapé. Amener la problématique de l’herbe à poux dans une portion du débat qui traite d’environnement et de changements climatiques n’était pas la meilleure idée. Ni celle de dire: «Permettez-moi d’insister sur le mot ‘‘concret’’, exigé par l’animatrice Sophie Bernier pour parler de mesures environnementales, sans toutefois donner aucune action concrète dans sa réponse. Les deux autres candidats, Éric Lord et Jean-François Aubin, avaient pourtant réussi à le faire en parlant de transport en commun, d’achat local, de protection des boisés, de verdissement, d’élimination progressive ou de conversion des systèmes de chauffage à l’huile ou au bois, de compostage ou d’efficacité énergétique.

Il est réjouissant de constater que l’environnement ait pris une aussi grande place dans le débat. Les trois candidats ont démontré une réelle préoccupation, ce qui risque de trouver écho dans la population. Il a beaucoup été question du développement du secteur du Bas-du-Cap, du respect de la capacité de payer des contribuables, du déneigement des trottoirs ou de la nécessité d’attirer des travailleurs ou de retenir les diplômés à Trois-Rivières.

Le débat de Radio-Canada Mauricie est venu mettre un peu de piquant dans une campagne jusque-là sans éclat et, jumelé à la publication d’un premier sondage sur les intentions de vote, marque certainement le début d’un nouveau segment de cette course à la mairie.