Fred Pellerin

Fred et son maire

ÉDITORIAL / Fred Pellerin a annoncé lundi qu’il renonçait à son projet de salle de spectacles dans son village natal. Quelle mauvaise nouvelle pour la petite municipalité qui aurait assurément bénéficié d’intéressantes retombées touristiques d’une telle initiative. Difficile de croire que ce triste dénouement est attribuable à un bête problème de communication entre le célèbre conteur et le maire Robert Gauthier.

Dans le dossier de cette nouvelle salle de spectacles qui aurait contenu 300 places, Fred Pellerin et ses partenaires ont fait parvenir une demande de changement de zonage à la Municipalité l’automne dernier. Lundi, ils n’avaient pas encore reçu de réponse. Or, le maire de Saint-Élie s’est empressé d’indiquer que celle-ci était acceptée depuis le 4 février dernier. Fred n’était visiblement pas au courant. Le maire a-t-il pris soin de l’aviser? Visiblement pas. N’aurait-il pas été pertinent de le contacter pour lui annoncer la bonne nouvelle? Encore plus quand les membres du conseil se disent publiquement «favorables au projet».

«Ça va être quoi la prochaine étape?», a questionné Fred Pellerin devant les médias, pointant subtilement mais sûrement le doigt vers le maire et le conseil municipal. Aurait-il pu parler de «mauvaise foi» et de «lenteur inexplicable» s’il n’avait pas été le prudent gentilhomme qu’il a toujours été? La question se pose.

Il faut dire que ce n’est pas la première fois que le maire Gauthier joue avec la patience de Fred Pellerin. La trame narrative de la dernière Féerie de Noël a été confiée à une conteuse de Montréal. Pourtant, dès mars 2017, Fred avait proposé d’en faire une nouvelle version. Vous connaissez sûrement la suite: la Municipalité a laissé traîner le dossier en longueur et le conteur a décidé de se dissocier officiellement du projet.

Bref, Fred commence de toute évidence à avoir son voyage de la façon dont il est traité par le maire Gauthier et, par ricochet, par les autres élus de Saint-Élie-de-Caxton. De la jalousie? Des vieux règlements de comptes? Des citoyens qui commencent à être tannés du monde flyé de Fred? Tout ça est à la fois triste, incompréhensible et mystérieux.

On pourrait comprendre un tel traitement si on avait affaire à un artiste désagréable, qui se prend pour un autre et qui se fout de ceux qui l’entourent. Au contraire, le légendaire conteur s’est toujours fait un devoir de mettre son village à l’avant-plan, comme pour le remercier d’avoir si bien nourri son imaginaire durant toutes ces années.

Faut-il aussi rappeler que Fred Pellerin habite encore son Saint-Élie natal alors qu’il aurait pu facilement se laisser emporter par sa notoriété et ses nombreux engagements vers les grands centres. Résultat de cet attachement presque fusionnel de Fred Pellerin envers son village: les touristes défilent en grand nombre dans les rues de Saint-Élie-de-Caxton. Pourtant, il n’y a rien. Enfin presque rien. Alors, pourquoi y viennent-ils? Pour la traverse de lutins? Pour le garage Déziel? Non! Ils y viennent parce qu’ils veulent être imprégnés de l’univers de Fred Pellerin. Ils y viennent parce que Fred Pellerin y vit! Cette salle de spectacles aurait d’ailleurs offert un produit tangible aux touristes et assurer une viabilité à la populaire frénésie qui entoure le conteur depuis maintenant plusieurs années.

«On ne demande aucun traitement de faveur», précise humblement le conteur. Mais justement, Fred Pellerin n’est pas un citoyen comme un autre. Il a mis ce village sur la carte et la Municipalité aurait dû faire un effort plus enthousiaste pour favoriser la réalisation de ce projet évalué à 1 million $. Des centaines de maires de petits villages du Québec qui vivent la dévitalisation à la vitesse grand V accueilleraient cette salle de spectacles à bras ouverts. À Saint-Élie-de-Caxton, on vient de l’échapper bien maladroitement.

Le petit monde féerique de Saint-Élie a beaucoup à perdre dans cette partie de bras de fer et il serait peut-être temps que des citoyens interviennent avant que le fossé qui ne cesse de se creuser entre un conteur et son maire ne cause des torts irréparables. Avant que Fred n’ait finalement plus envie d’en faire plus pour son village…