Martin Francoeur
Le Nouvelliste
Martin Francoeur

Faire l’histoire une deuxième fois

ÉDITORIAL / Quand Henri Audet a acquiescé à la proposition de Gilles Boulet et Claude Blain, en 1958, pour que se tienne un téléthon au Canal 13, il était convaincu de la pertinence de cette initiative de solidarité et de générosité. 

Tellement qu’il a confié à son fils Louis, alors âgé de huit ans: «On va faire l’histoire!» On connaît la suite: le premier téléthon a eu lieu en 1959 et soixante autres se sont succédé par la suite. Mais pour le soixante-deuxième, il a fallu «refaire l’histoire».

C’est tout un tour de force qui vient d’être accompli par l’équipe de Radio-Canada Mauricie–Centre-du-Québec et par l’organisation du Noël du Pauvre. En cette année de pandémie, avec toute la panoplie de restrictions sanitaires qui en découle, il aurait pu ne pas y avoir de téléthon. Mais personne ne semblait vraiment croire qu’un tel scénario était possible.

Depuis plus de soixante ans, la région inaugure le temps des Fêtes avec cette tradition de générosité. Et parce que tout le monde s’est retroussé les manches, en plus de mettre son masque, il y a eu un soixante-deuxième téléthon. Différent. Plus intime. Sur un plateau de télé érigé dans un local commercial adjacent aux studios de Radio-Canada. Un tour de force, vraiment.

Les artistes étaient au rendez-vous, mis à part quelques chorales et on comprend pourquoi. Les barrages routiers ont pu se tenir grâce à une autorisation presque de dernière minute. Les traditionnels chiffriers ont été réinventés. Les bénévoles étaient fidèles au poste. Les mesures sanitaires et les interdictions de rassemblements ont eu raison de la plupart des activités de financement qui précèdent le téléthon et qui permettent, généralement, d’accumuler une bonne partie des dons. En fait, la soixante-deuxième édition du Noël du Pauvre est celle des grands bouleversements.

L’année 2020 n’a pas été facile pour personne. Mais elle l’est encore moins pour ceux et celles qui, dans notre communauté, ont déjà de la difficulté à joindre les deux bouts. Qui se trouvent dans une situation précaire. Qui vivent l’isolement, la détresse, la solitude. C’est pour ça qu’on est chanceux, comme collectivité, d’avoir une tradition comme celle du Noël du Pauvre qui constitue non seulement une occasion de donner, mais aussi une grande fête, une sorte de célébration de la générosité des gens de la région.

Cette année, cette célébration prend encore davantage de sens.

Vendredi soir, le téléthon a permis de voir la formidable solidarité des gens de la région. De voir de quelle façon on est capable, en tant que communauté, de répondre à un appel de générosité. Et si vous avez manqué l’occasion d’apporter votre contribution pour donner un peu de sens à ce Noël hors de l’ordinaire qui se pointe à l’horizon, il est encore temps de le faire. Le don en ligne, via le site web lenoeldupauvre.com, reste le meilleur moyen de permettre à des familles, à des personnes de votre communauté de passer un Noël digne de ce nom.

Toutes les raisons sont bonnes pour donner. Mais cette année, parce que des dizaines, voire des centaines de personnes ont accepté de consacrer du temps et de l’énergie pour «refaire l’histoire» en montant un téléthon à bout de bras et en faisant un effort de sollicitation hors de l’ordinaire, cela devrait nous en convaincre encore davantage.

En créant le Noël du Pauvre avec son épouse Marie, Henri Audet avait mentionné qu’il espérait que l’activité allait être ponctuelle, qu’elle n’ait pas à se perpétuer. Malheureusement pour le fondateur de Cogeco, la pauvreté existe encore en 2020 et elle frappe encore trop de familles ou de personnes seules. Mais heureusement pour celles-ci, le Noël du Pauvre existe encore, fort d’une riche histoire et fort de l’implication de milliers de bénévoles au fil des ans.

Fort, surtout, de cette indéfectible solidarité que la population de la région manifeste année après année.