Geneviève Guilbault

Faire les choses différemment

ÉDITORIAL / En quelques jours à peine, le gouvernement de François Legault a réalisé plusieurs bons coups qui ne devraient pas passer inaperçus. L’assouplissement des conditions d’enregistrement des armes à feu et les discussions transpartisanes concernant le traitement judiciaire des cas d’agressions sexuelles annoncent peut-être de nouvelles façons de faire qui sont tout à fait réjouissantes.

Mercredi, c’est la vice-première ministre et ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, qui a réussi l’impossible en annonçant les modifications aux règles concernant l’enregistrement des armes à feu: autour d’elle se trouvaient des partisans du registre et des représentants des corps policiers, mais aussi le directeur général de la Fédération des chasseurs et pêcheurs du Québec, organisme farouchement opposé à l’implantation même du registre.

D’abord, cette ouverture démontrée par la ministre concernant les modalités de l’enregistrement est louable. Le gouvernement ne pouvait pas jouer sur les deux tableaux indéfiniment et devait adopter une position claire. C’est ce que la ministre a fait, en insistant sur le fait que le registre est là pour rester, mais elle a accepté de jeter du lest en ce qui a trait au processus.

La ministre Guilbault a annoncé que trois irritants allaient être retirés des obligations entourant l’enregistrement. Ceux-ci concernent le numéro de série de l’arme, la mesure de la longueur du canon et l’obligation de rapporter tout déplacement au-delà de quinze jours. Sur le fond, ce sont des assouplissements qui ont été timidement salués par le représentant des chasseurs, qui a précisé que son organisme demeurait opposé au registre. Promettant de poursuivre le lobby pour l’abolition de celui-ci, Alain Cossette a écarté tout appel à la désobéissance civile et a encouragé les chasseurs à respecter la loi et à enregistrer leurs armes. C’est déjà ça.

Mais sur la forme, c’est une démonstration de force. Une démonstration de la capacité de faire consensus plutôt que de générer de la grogne après coup. Le gouvernement démontre déjà une capacité d’anticiper la dissonance dans certains dossiers et une sensibilité face aux positions discordantes. C’est très habile de sa part.

Cela s’ajoute à ces récentes discussions transpartisanes sur le traitement judiciaire des dossiers d’agressions sexuelles et la présence remarquée des quatre parlementaires à la populaire émission Tout le monde en parle.

La ministre de la Justice et de la Condition féminine, Sonia LeBel, a réuni ses collègues libérale (Hélène David), péquiste (Véronique Hivon) et solidaire (Christine Labrie) pour discuter des façons dont le gouvernement pourrait intervenir en ce qui a trait au traitement des plaintes et des allégations d’agressions sexuelles. Il a notamment été question de la possibilité de créer un tribunal spécialisé dans les crimes sexuels, mais aussi d’initiatives plus larges concernant, entre autres, l’accueil des victimes et les ressources mises à leur disposition.

Les quatre participantes, toutes responsables du dossier de la condition féminine au sein de leur parti respectif, ont toutes salué l’ouverture et la volonté de travailler ensemble, au-delà du cadre partisan.

Un tel contexte de discussion avait été profitable, notamment, lors du débat sur l’aide médicale à mourir. L’ex-ministre Véronique Hivon avait porté ce dossier de façon exemplaire.

Fait intéressant, ces exemples récents de nouvelles façons de faire mettent en vedette des parlementaires comme Geneviève Guilbault, Sonia LeBel, Véronique Hivon, Hélène David, Christine Labrie.

Vous voyez le point commun?

Quand il y a une réelle volonté de faire la politique autrement, cela peut certainement donner des résultats positifs. Mais l’avantage premier, c’est d’atténuer un peu, chaque fois, le cynisme de la population envers les politiciens.

Ça, c’est prometteur.