Martin Francoeur
Le Nouvelliste
Martin Francoeur

Faire de la place aux bonnes idées

ÉDITORIAL / Depuis le début de la crise de la COVID-19, les signaux selon lesquels il y a une déconnexion entre les bureaux du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec et ce qui se passe réellement sur le terrain étaient déjà nombreux. 

Mais l’épisode impliquant la Dre Lise-Andrée Galarneau lors de l’éclosion de la maladie au CHSLD Laflèche de Shawinigan dépasse l’entendement. Si cette microbiologiste-infectiologue avait eu les coudées franches pour intervenir plus rapidement et plus librement, le bilan n’aurait peut-être pas été aussi sombre.

En temps de crise, agir est une chose mais comprendre ce qui se passe en est une autre. Encore plus importante peut-être.

C’est précisément ce que voulait faire la Dre Galarneau lorsqu’elle a constaté que près de la moitié des résidents du CHSLD Laflèche étaient infectés. Après avoir fait passer des tests de dépistage aux employés, elle a observé que 65 d’entre eux avaient la COVID-19 et après quelques investigations, elle a même été en mesure de conclure que neuf membres du personnel étaient infectés avant l’apparition du premier cas chez les résidents. Les travailleurs du réseau de la santé étaient donc des vecteurs de la maladie. Rapidement, il fallait déployer un plan pour freiner cette forme de propagation.

Mais il semble bien qu’au CIUSSS, on travaille en silo, pour reprendre une expression à la mode. Il y a des chasses gardées. La direction de la Santé publique et la responsable en prévention des infections n’étaient pas sur la même longueur d’onde et cela a provoqué des délais dont on se serait bien passé pour aller plus loin dans l’investigation et dans le déploiement de mesures correctrices.

C’est le reportage de Madeleine Roy à l’émission Enquête qui a fait état de cet imbroglio administratif au CIUSSS-MCQ. Au-delà de ce qui aurait pu être fait pour freiner la propagation de la COVID-19, il y a une autre conséquence à cette situation et c’est celle de l’effritement de la confiance envers l’institution qu’est le CIUSSS. La gestion de la crise, dans la région, était bel et bien un fiasco.

Des employés sur le terrain, dans les CHSLD particulièrement, l’avaient déjà rapporté: personnel à bout de souffle, mobilité persistante des ressources, craintes perpétuelles de manque d’équipement de protection, interférence dans les chaînes de commandement... Le portrait n’était déjà pas reluisant. Et voilà qu’on en ajoute une couche en apprenant que les bonnes initiatives, celles qui résultent de l’instinct plutôt que des protocoles sur papier, étaient freinées pour des raisons douteuses en situation de crise.

La Dre Lise-Andrée Galarneau a finalement hérité, en mai, de la responsabilité de la prévention des infections en CHLSD, responsabilité qui jusque-là incombait à la directrice de la Santé publique, Dre Marie-Josée Godi. Le PDG du CIUSSS réitère sa confiance dans les deux professionnelles. Mais le mal était déjà fait. Le plan préparé par la Dre Galarneau a été mis en place dans certains établissements de Trois-Rivières et de Drummondville, mais pas dans les CHSLD. La Santé publique avait dit non. Allez savoir pourquoi!

On apprenait récemment que cette réorganisation soudaine a déplacé beaucoup d’air dans les corridors et les bureaux du CIUSSS. Comme si on avait besoin de ça en pleine période de crise. Et curieusement, l’approche développée par la Dre Galarneau suscite encore beaucoup d’intérêt dans d’autres régions, qui pourraient l’appliquer en cas de nouvelles éclosions.

L’acharnement de la Dre Lise-Andrée Galarneau mérite d’être souligné. Il est un exemple, certainement parmi d’autres, d’initiatives qui méritent d’être encouragées plutôt qu’étouffées. Cette intervention est aussi l’illustration qu’il y a des professionnels et des travailleurs du réseau de la santé qui ont une connaissance approfondie et intime de ce qui se passe sur le terrain. Et cette connaissance vaut assurément mieux que les grands principes, les plans, les protocoles et les vases clos.