Et si on parlait de pauvreté?

La déclaration malhabile de Philippe Couillard concernant l’épicerie à 75 $ par semaine pour nourrir une famille de trois personnes aura eu au moins un impact positif. Pour une rare fois dans la présente campagne électorale, il a été question de pauvreté.

C’est bien beau parler de pénurie de main-d’œuvre, de transport collectif, de transition écologique, de santé, de maternelle à quatre ans, d’immigration ou de décentralisation, mais pour beaucoup de citoyens du Québec, ce sont de bien lointaines préoccupations.

Pour des milliers de personnes, la seule préoccupation est de savoir s’ils pourront payer leur loyer et manger à leur faim au cours du mois.

On a tendance à l’oublier, mais au-delà de la pénurie de main-d’œuvre qui frappe aussi la Mauricie et le Centre-du-Québec, les deux régions se retrouvent aussi dans le peloton de tête des endroits au Québec où le revenu disponible par habitant et le revenu moyen des ménages sont les plus bas. La Mauricie affiche aussi le taux d’assistance sociale le plus élevé au Québec chez les 18-64 ans, à 9 %. En juin 2018, le nombre total de prestataires de la sécurité du revenu était de près de 18 000 en Mauricie et près de 12 000 au Centre-du-Québec.

Il y a deux ans, les trois principales villes de la Mauricie se retrouvaient dans le triste palmarès des villes les plus pauvres au Québec. La Tuque arrivait en tête, suivie par Shawinigan au quatrième rang, puis par Trois-Rivières au dixième rang.

C’est au moins aussi préoccupant que le fait que des entreprises n’arrivent pas à suffire à leurs besoins de main-d’œuvre.

Bien sûr, on peut penser que plus l’économie roule et que plus il y a d’emplois disponibles, plus cela pourrait permettre à des assistés sociaux d’intégrer le marché du travail. La corrélation n’est toutefois pas aussi simple.

Les organismes communautaires sur le terrain vous le diront. Ce sont ces organismes qui voient la pauvreté au quotidien. La Table régionale des organismes communautaires de la Mauricie et du Centre-du-Québec mentionnait récemment que ces groupes aident plus de 29 000 personnes à se nourrir, viennent en aide à 25 000 personnes en perte d’autonomie, rejoignent plus de 10 000 jeunes, aident 9000 personnes handicapées et leurs familles, hébergent 2000 personnes aux prises avec d’importants problèmes sociaux. Leur sous-financement est évalué à 13 millions $. Beaucoup de ces organismes, pour ne pas dire la totalité, ont souffert des mesures d’austérité imposées entre 2015 et 2017.

Les partis politiques ont présenté, au cours des dernières semaines, des engagements visant à améliorer la situation de l’emploi en région. Mais ils ont été plus discrets sur les plans de lutte à la pauvreté. C’est moins vendeur, sans doute.

Puis, il y a eu la réponse positive de Philippe Couillard à un animateur de radio qui lui demandait s’il pensait, comme l’ex-Dragon François Lambert, qu’il était possible de nourrir une famille de trois personnes avec un budget d’épicerie de 75 $ par semaine. Cette déclaration du premier ministre a évidemment soulevé le tollé que l’on connaît.

Philippe Couillard a tenté de récupérer le tout en mentionnant que cela n’est pas souhaitable, mais que plusieurs familles le font chaque semaine. Parce qu’elles vivent dans une situation de pauvreté qui les y oblige.

Le chef libéral aurait dû consulter ses candidats de la Mauricie avant de s’empêtrer dans une telle justification. Jean-Denis Girard, Pierre-Michel Auger et Marc H. Plante ont pris part, il y a deux semaines, à l’activité «Prends ma place pour une journée», organisée par COMSEP. Le défi était de réaliser deux repas et un dessert pour quatre personnes – donc nourrir une famille pour une journée – avec un budget de 18,50 $. Ils l’ont fait. Mais si on multiplie ce montant par sept jours, on est loin des 75 $ cautionnés par Philippe Couillard.

L’initiative de COMSEP aurait pu donner une solide justification à un acte de contrition de la part du chef libéral. Malheureusement pour lui, cela n’a pas été le cas.