Justin Trudeau fera-t-il une place au Latuquois Steven Guilbeault au conseil des ministres?

Et si la région avait deux ministres?

ÉDITORIAL / La Mauricie n’a beau avoir élu qu’un seul député libéral lundi mais elle pourrait bien se retrouver avec deux ministres dans le prochain cabinet de Justin Trudeau. Il ne fait pas de doute que François-Philippe Champagne pourrait être récompensé d’avoir sauvé Saint-Maurice–Champlain et pour ses services efficaces comme ministre dans le précédent gouvernement. Mais il ne faut pas oublier qu’un petit gars de La Tuque est parmi les principaux prétendants au poste de ministre de l’Environnement.

Steven Guilbeault a été élu dans Laurier–Sainte-Marie avec plus de 8500 voix de majorité sur la candidate néo-démocrate Nimâ Machouf, qui tentait de sauver le fort détenu par Hélène Laverdière depuis que celle-ci avait battu le chef bloquiste Gilles Duceppe par plus de 5000 voix. L’entrée en politique de Steven Guilbeault est réussie.

La grande question demeure de savoir si cette candidature vedette pour le Parti libéral du Canada était assortie d’une promesse de ministère. Le cofondateur d’Équiterre a choisi de joindre les libéraux en ayant déjà probablement déjà en tête un plan de match pour mettre la politique au service de l’environnement. Il sera intéressant de voir s’il pourrait lui-même être l’artisan de cette mise en interaction.

Chose certaine, dans les rangs libéraux, plusieurs le voyaient ou le voient déjà ministre de l’Environnement. En pleine campagne électorale, alors qu’elle participait à un débat dans un cégep anglophone, la députée sortante de Saint-Laurent, Emmanuella Lambropoulos, a laissé entendre – dans le feu de l’action, peut-être – que Steven Guilbeault était un casting parfait pour le poste de ministre de l’Environnement. Et elle employait le futur plutôt que le conditionnel.

«Avec Steven Guilbeault qui sera le nouveau ministre de l’Environnement, si nous sommes réélus [...], il nous mènera dans la bonne direction», avait dit la députée sortante. Elle avait dû se raviser par la suite, disant n’avoir reçu aucune confirmation en ce sens et rappelant qu’il était de la prérogative du premier ministre de confier des responsabilités ministérielles. Mais ce qui est clair, c’est que le nom de Steven Guilbeault circulait déjà beaucoup parmi les candidats du Parti libéral. Et il est vrai que c’était une très belle prise.

Son histoire n’est pas sans rappeler celle de Nicolas Hulot, qui avait créé la Fondation Ushuaïa, devenue par la suite la Fondation Nicolas-Hulot pour la nature et l’homme. Après avoir renoncé à se présenter en politique à quelques reprises, il accepte finalement en 2017 d’être nommé ministre de la Transition écologique et solidaire, au sein des gouvernements d’Édouard Philippe, sous la présidence d’Emmanuel Macron.

Souhaitons toutefois, si jamais Steven Guilbeault accède au conseil des ministres, que son aventure ne se termine pas de la même façon que celle de Nicolas Hulot. Le militant français, en désaccord avec plusieurs mesures de son gouvernement, avait démissionné quinze mois après être entré en fonction.

S’il y a une réelle possibilité d’avoir un «petit gars de La Tuque» au conseil des ministres, il y a aussi la probabilité d’y revoir l’autre «petit gars de Shawinigan». Il n’y a aucune raison d’écarter François-Philippe Champagne du conseil des ministres. L’homme a fait ses preuves, mène bien chaque dossier qui lui est confié et demeure hautement apprécié localement. Mais plus que tout, il est un communicateur exceptionnel qui aime les caméras et qui a une facilité à passer les messages du gouvernement. Ça, c’est extrêmement précieux pour un premier ministre.

François-Philippe Champagne a aussi l’avantage d’être un rare survivant libéral dans le Québec francophone ou le Québec dit «des régions». À part lui et Diane Lebouthillier, les libéraux, au Québec, sont concentrés à Montréal, à Laval, en Estrie, en Outaouais et à Québec, où ils ont sauvé les deux députés qu’ils y avaient fait élire en 2015.

Ça aussi, ça mérite récompense.