Et si c’était ça la voie à suivre?

Il aura fallu attendre dix-sept ans avant que devienne concrète cette disposition enchâssée dans la Loi sur la protection de la jeunesse en 2001 concernant la possibilité d’établir des régimes particuliers pour les communautés autochtones. La nation atikamekw est devenue la première, lundi, à conclure une entente en ce sens avec le gouvernement du Québec. Il s’agit là d’une excellente nouvelle qui s’inscrit concrètement dans la volonté d’accorder plus d’autonomie aux Premières Nations et de leur donner des outils sociaux et judiciaires mieux adaptés à leur culture.

En vertu de cette entente, un régime particulier de protection de la jeunesse est créé et sera géré par le Conseil de la nation Atikamekw. C’est une étape majeure. Et elle pourrait bien avoir des répercussions dans plusieurs autres communautés autochtones.

À l’heure où les relations entre les Premières Nations et les gouvernements – provinciaux et fédéral – alimentent fréquemment l’actualité, notamment grâce à la commission fédérale d’enquête sur les femmes autochtones disparues et assassinées et à la Commission d’enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics au Québec, l’entente concernant la protection de la jeunesse constitue une véritable bouffée d’air frais.

En clair, les jeunes Atikamekw de Wemotaci et de Manawan dont la sécurité est compromise seront pris en charge par le Système d’intervention d’autorité atikamekw, qui remplit le mandat équivalent à celui de la DPJ. Son champ d’intervention couvre notamment les situations d’agression sexuelle, de violence physique et de négligence. L’organisme a aussi compétence auprès des jeunes délinquants, mettant de l’avant les principes de justice réparatrice, de reconnaissance du délit et d’amélioration des aptitudes sociales.

Le projet pilote qui est en place depuis une vingtaine d’années semble avoir fait ses preuves. Une partie de son efficacité vient du fait qu’il a été conçu par et pour les Atikamekw. L’intervention se fait d’abord auprès des familles, puis de la famille élargie, ce qui correspond beaucoup mieux à ce lien qu’ont les autochtones envers leur communauté. L’approche est avant tout collective, la judiciarisation devant être l’étape de dernier recours.

Au Québec comme ailleurs, il ne suffit plus de faire des constats d’échec et de conserver le statu quo quand on observe le dysfonctionnement de certains services publics auprès des Premières Nations. L’initiative – longuement mûrie, rappelons-le – de déléguer la protection de la jeunesse aux communautés autochtones est peut-être la voie à suivre. Il faudra voir à l’usage et s’assurer que des mécanismes de contrôle et de suivi sont efficaces.

Même si le projet de la nation atikamekw vient créer une situation de pluralisme juridique, il a surtout le mérite de tenir compte des réalités, des valeurs et des traditions de ce peuple autochtone. Il constitue une solution de rechange à l’échec de l’imposition des «systèmes de Blancs» dans des peuples qui ne s’y reconnaissent pas. La Commission Viens tend à confirmer qu’à bien des égards, les services de justice, de police, de protection sociale et de protection de la jeunesse en place au Québec sont mal adaptés à la réalité autochtone.

La délégation des pouvoirs en matière de protection de la jeunesse n’est pas le premier geste qui reconnaît et légalise une spécificité autochtone. La reconnaissance légale des effets de l’adoption coutumière, dans un projet de loi adopté l’année dernière, en est un autre exemple.

Déjà, le projet-pilote en matière de protection de la jeunesse semble donner des résultats encourageants: moins de déracinement en famille d’accueil, plus de confiance envers les intervenants, respect accru des valeurs et des traditions autochtones, règlement plus rapide des problématiques.

L’officialisation de l’entente avec le gouvernement du Québec est ce qu’on peut appeler un pas dans la bonne direction.