Et on osait appeler ça un zoo...

ÉDITORIAL / On ne sait pas encore exactement ce qui se passait au Zoo de Saint-Édouard pour justifier l’arrestation du propriétaire et la saisie de plusieurs animaux, mardi. Mais pour que soient autorisées de telles opérations, il fallait certainement que ce soit sérieux et qu’il y ait réellement une menace pour la santé des bêtes qui y étaient gardées.

Dans la tête de plusieurs, un zoo est un endroit où on prend grand soin des animaux. La vocation récréative de ces parcs passe souvent derrière les autres fonctions que sont, par exemple, l’éducation, la recherche et la conservation.

Au fil des ans, la fonction récréative des parcs zoologiques s’est adaptée aux considérations liées au bien-être animal, notamment dans la reconstitution de milieux naturels donnant suffisamment d’espace et permettant l’interaction des espèces. Des spécialistes en santé animale, en biologie, en nutrition et en d’autres disciplines scientifiques ont été mis à contribution et sont souvent aux petits soins des animaux vivant dans des zoos.

À Saint-Édouard-de-Maskinongé, on donne maintenant l’impression que c’est tout le contraire qui s’y passait.

Bien sûr, le parc ne disposait pas des moyens des grands zoos et n’avait surtout pas la prétention d’être Granby ou Saint-Félicien. C’était un petit zoo qui se voulait sympathique. Un zoo de proximité, où il était possible de passer quelques heures agréables en famille. Un petit parc zoologique, disons-le, tenu à bout de bras par son propriétaire. Peut-être trop à bout de bras.

Le propriétaire, Normand Trahan, fait maintenant face à des accusations criminelles de cruauté animale. C’est la Société pour la prévention de la cruauté envers les animaux (SPCA) de Montréal qui est débarquée à Saint-Édouard mardi avec un mandat de perquisition pour procéder à son arrestation, avec l’assistance de la Sûreté du Québec. Il faut savoir qu’une telle procédure, où des agents de la SPCA interviennent pour une enquête criminelle, n’est pas exceptionnelle. Au Québec, les agents et agentes de protection animale de la SPCA de Montréal sont chargés d’appliquer les dispositions du Code criminel relatives aux crimes contre les animaux, ainsi que la législation provinciale en matière de protection animale.

Et pour qu’il y ait un tel déploiement, il fallait que ce soit sérieux.

Les gestes qui sont reprochés à M. Trahan seraient survenus entre le 1er mai 2016 et le 31 octobre 2018. On lui reproche d’«avoir volontairement causé à des animaux et des oiseaux gardés en captivité une douleur, de la souffrance et des blessures sans nécessité et d’avoir fait preuve de négligence envers eux en omettant de leur fournir les aliments, l’eau, l’abri et les soins convenables et suffisants». Une saisie d’animaux – dont des oiseaux morts et des alpagas mal en point – avait d’ailleurs eu lieu en 2018.

On se demande bien comment le Zoo de Saint-Édouard pouvait fonctionner à peu près normalement malgré des plaintes et des condamnations par les ministères appropriés. On ne connaît pas l’état dans lequel se trouvaient les animaux saisis mardi. Mais des dizaines d’animaux vont probablement nécessiter des soins médicaux, selon une porte-parole de la Humane Society International. Celle-ci disait avoir observé des conditions de garde inadéquates pour les animaux, des animaux qui ne semblaient pas avoir de l’eau et de la nourriture appropriée, des installations délabrées, des animaux nécessitant des soins vétérinaires.

Du point de vue du bien-être animal, peut-être qu’il fallait cette intervention-choc. Du point de vue touristique, c’est une autre perte pour la région, du moins à court terme.

Normand Trahan, semble-t-il, opérait le zoo depuis une trentaine d’années en tout respect des lois et détenait tous les permis requis. Il lui appartiendra de présenter sa version des faits et de se défendre. Mais dans un monde comme celui des parcs zoologiques, même à petite échelle, il faut davantage que de la bonne volonté.