Et dire qu’on en parle encore...

ÉDITORIAL / Ça fait déjà plusieurs années qu’on parle du doublement de l’autoroute 55 entre Bécancour et l’autoroute 20 et manifestement, cela ne semble être une priorité pour aucun gouvernement. Les élus de Bécancour, de Nicolet et même de la Mauricie ont beau réitérer cette demande année après année ou presque, il s’agit toujours du seul tronçon de l’autoroute 55 qui n’est pas doublé. Il serait grand temps de régler cela.

Il y a quatorze mois, en pleine campagne électorale, le premier ministre François Legault avait pourtant été clair. «Il est temps qu’on arrête de parler et qu’on le fasse. Il faut que ça avance», avait-il soutenu en entrevue au Nouvelliste. Son parti a depuis été porté au pouvoir. Et rien n’indique que le dossier avance.

À un point tel que les élus de Bécancour ont jugé pertinent, plus tôt cette semaine, de demander au ministère des Transports de mettre en place, dans les plus brefs délais, des mesures visant à sécuriser l’intersection du chemin Forest et de l’autoroute 55, et ce, afin d’améliorer la sécurité des usagers de la route.

Quand on est rendu à réclamer des diachylons plutôt que de s’attaquer définitivement au problème, ce n’est pas bon signe. Mais si ça peut faire prendre conscience des impacts de l’inaction du gouvernement, au moins ce sera déjà ça.

Le maire de Bécancour, Jean-Guy Dubois, estime que cette intersection, qui relie les secteurs de Saint-Grégoire et de Précieux-Sang, présente un danger. Même s’il y a un feu clignotant, le maire et son conseil croient qu’il faut des mesures additionnelles pour la sécuriser davantage et attendant le doublement de l’autoroute 55. Un tel projet signifierait, comme c’est le cas pour le boulevard des Acadiens, l’élimination de l’intersection, vraisemblablement par un viaduc.

Mais en attendant – parce qu’on semble encore optimiste sur la rive sud –, on croit que le fait de sécuriser l’intersection de l’autoroute de l’Énergie et de la route Forest pourrait aussi bénéficier aux usagers du chemin Prince et du chemin Thibodeau, qui croisent aussi la 55, en particulier pour favoriser la sécurité des enfants utilisant le transport scolaire.

S’il est pertinent de réclamer une action du gouvernement, il est d’autant plus nécessaire de lui rappeler les engagements passés et la nécessité de terminer cette autoroute. Il y a deux ans, les intervenants locaux étaient convaincus que le projet était inscrit au Plan québécois des infrastructures 2017-2027. Les plans seraient même déjà prêts.

Les revendications des intervenants de la rive sud ont toujours été fondées sur l’argument de la sécurité et avec raison. Non loin de la 55, l’autoroute 30 qui dessert le parc industriel et portuaire de Bécancour est également jalonnée de quelques intersections. La différence, c’est qu’il y a des feux de circulation en bonne et due forme et non uniquement un feu clignotant.

En choisissant de maintenir la désignation de la 55 comme une autoroute entre Bécancour et l’autoroute 20, le ministère des Transports a fixé la vitesse maximale à 100 km/h mais fait toujours fi du critère du doublement des voies, également caractéristique d’une autoroute digne de ce nom. La 55, sur ces quelque 29 kilomètres, n’a rien d’une autoroute, si ce n’est que le nom, le numéro et la limite de vitesse.

Il pourrait être tentant d’invoquer le manque de moyens, la nécessité de faire des choix ou le débit de circulation insuffisant pour justifier l’inaction du gouvernement dans ce dossier. Mais il y a déjà eu trop d’accidents mortels ou avec blessés graves sur ce tronçon d’«autoroute» au cours des quinze dernières années. Des vies auraient pu être sauvées si, déjà, l’autoroute avait été à chaussées séparées.

Déjà, les ponts d’étagement qui ont été construits lors du prolongement de l’autoroute entre Saint-Célestin et l’autoroute 20 ont été conçus pour surplomber deux chaussées. Et quand on fait de tels choix, ça doit bien vouloir dire quelque chose.