Entre confiance et inquiétude

ÉDITORIAL / Même si les signaux inquiétants se multiplient pour Nemaska Lithium, plusieurs semblent s’accrocher à une sorte d’optimisme prudent quant à l’avenir de cette entreprise et de son usine de Shawinigan. Il y a eu tellement de rebondissements au cours des dernières années qu’on ne sait plus trop s’il y a bel et bien un avenir pour cette entreprise à la recherche de 1,1 milliard de dollars, doit-on le rappeler.

Dernier épisode de cette saga: le largage, en pleine période de recherche d’un acheteur ou de nouveaux investisseurs, de celui qui a fondé l’entreprise et qui en occupait le poste de président et chef de la direction depuis sa création, Guy Bourassa. Le conseil d’administration et son président, Jacques Mallette, en ont décidé ainsi. On veut, semble-t-il, favoriser une «approche nouvelle et un leadership renouvelé» pour l’entreprise.

Les raisons derrière ce départ apparemment consensuel demeurent obscures. Mais, bon joueur, Guy Bourassa estime que si son départ peut faciliter le processus de refinancement et de redémarrage, ça reste très positif pour l’entreprise elle-même.

Tout juste avant Noël, Nemaska Lithium s’était placée sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies. Depuis ce temps, le travail de recherche d’investisseurs se poursuit et du côté du contrôleur, PriceWaterhouseCoopers, on se croise les doigts pour une transaction d’ici six mois.

Le recours à la Loi sur les arrangements avec les créanciers était la conséquence d’une structure de capital déficiente. Le ministre de l’Économie et de l’Innovation du Québec, Pierre Fitzgibbon, estimait alors que Nemaska avait plus de chances d’avoir un nouveau financement avec une telle protection pour revoir certains arrangements avec les créanciers.

Revoir des arrangements est une chose, mais trouver du financement en est une autre. Visiblement, cette opération de séduction se heurtait elle aussi à une structure déficiente. Les investisseurs déjà engagés et d’autres intéressés par le projet ont sans doute exprimé une volonté de voir des changements apportés à la structure et c’est ce qui est en train de se produire.

Il faut souhaiter que la mise en place d’une nouvelle structure puisse plaire à des joueurs potentiels. Le déploiement de tous ces efforts pourrait, par exemple, convaincre la firme britannique Pallinghurst de revenir sur sa décision. En décembre dernier, la période d’exclusivité pour l’entente d’investissement potentiel de 600 millions $ négociée entre Nemaska Lithium et Pallinghurst prenait fin sans qu’il y ait prolongation.

Si de tels investisseurs reviennent dans le portrait, et que le gouvernement du Québec démontre de nouveau son intérêt, tout est encore possible pour cet ambitieux projet.

Entre temps, les administrateurs ont jugé qu’une des façons les plus visibles de montrer une réelle volonté de procéder à une restructuration était de sacrifier celui qui était aux commandes de l’entreprise. C’est un gros pari.

Malgré les difficultés, le projet Nemaska Lithium demeure extrêmement intéressant, surtout dans un contexte de demande croissante de batteries rechargeables au lithium-ion. La popularité des véhicules électriques n’est pas étrangère à cette hausse de la demande et Nemaska veut mettre le pied dans le train avant que celui-ci soit passé.

Nemaska Lithium souhaite exploiter la mine Whabouchi, près de Chibougamau, pour extraire un concentré de spodumène qui serait acheminé à l’usine hydrométallurgique de Shawinigan, installée dans l’ancienne usine Laurentide. Le produit obtenu – de l’hydroxyde et du carbonate de lithium – est utilisé dans la fabrication de batteries. Avec la restructuration en cours, on parle maintenant, si tout va bien, d’une mise en activité repoussée à 2023 pour l’usine shawiniganaise.

Les coûts du projet, initialement estimés à 875 millions $, ont bondi à 1,3 milliard $. Mais si des investisseurs aux reins solides se manifestent, l’inquiétude peut faire place à l’optimisme.

Avec prudence et modération.