Lorraine Richard

Encore la faute aux médias

ÉDITORIAL / Les propos de la députée péquiste de Duplessis, sur la Côte-Nord, ont quelque chose de surréaliste dans le contexte de l’examen de conscience auquel se livre son propre parti depuis la défaite subie en octobre dernier. Selon elle, le gouvernement caquiste jouit d’un traitement de faveur dans les médias, contrairement au Parti québécois. Elle fait appel à l’indulgence des journalistes, par souci d’équité. Misère!

Lorraine Richard a beau être reconnue pour son franc-parler, on pourrait cette fois croire qu’elle l’est pas mal moins pour la qualité de son argumentation.

En commentant ainsi à des journalistes la couverture à laquelle elle estime que son parti a droit, elle alimente – peut-être malgré elle – la croyance selon laquelle son parti est encore dans le déni.

Les députés du caucus du Parti québécois – qui se comptent maintenant sur les doigts de deux mains, rappelons-le – sont réunis dans les Laurentides pour préparer la rentrée parlementaire et pour discuter aussi, certainement, de reconstruction du parti.

Questionnée par les journalistes après que la députée eut déploré un traitement inéquitable dans les médias, elle a répondu en leur demandant d’être «un petit peu indulgents avec le PQ», autant qu’ils le sont avec la Coalition avenir Québec depuis qu’ils sont arrivés au pouvoir.

S’en prendre à la couverture journalistique, la comparer avec celle envers un autre parti, est maladroit. Un représentant d’un parti politique est certainement le moins bien placé pour comparer objectivement la couverture dont ce parti jouit. Il appartient au public de juger ce travail. Et aux journalistes eux-mêmes. Les confrères qui couvrent la politique provinciale ou qui sont en poste sur la colline parlementaire ont suffisamment d’expérience et de rigueur pour offrir un traitement équitable, en fonction de l’actualité bien sûr et aussi en fonction de ce qui est d’intérêt public et de ce qui ne l’est pas.

On est loin, avec une telle déclaration, de cette rafraîchissante désinvolture et de cette capacité d’autodérision qu’on a pu observer, notamment, dans la campagne publicitaire du Parti québécois lors des dernières élections. On est loin, aussi, du ton généralement plus posé et du regard plus sensible de députés comme Véronique Hivon, Pascal Bérubé, Catherine Fournier ou Sylvain Gaudreault.

Heureusement, il y a aussi d’autres membres du caucus péquiste qui sont plus lucides et qui semblent évaluer avec moins d’émotion le travail de la presse parlementaire. C’est le cas du député de Bonaventure, Sylvain Roy, qui a voulu se dissocier, en quelque sorte, de la sortie de sa collègue. Selon lui, «ce n’est pas une très bonne idée d’évaluer publiquement devant les médias le travail des médias».

C’est vrai que le Parti québécois s’est souvent retrouvé dans les médias et pas toujours pour les bonnes raisons. Le parti a tendance à se tirer lui-même dans le pied, les dissensions, même si elles sont saines, sont nombreuses et souvent éclatantes. Les querelles internes sont souvent exposées sur la place publique, parfois par les députés ou les militants eux-mêmes.

Mais depuis octobre, il est aussi beaucoup question de reconstruction, de remises en question. Il y a une lucidité qui semble très positive pour le Parti québécois. Les bilans sont dressés, les pistes d’action à entreprendre sont esquissées. La volonté y est.

Mais blâmer les médias, c’est petit. C’est pitoyable.