Donald Martel

En réserve de la République

Quatre-vingt-deux jours. C’est la durée du mandat de MarieChantal Chassé comme ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques. On n’est certainement pas loin du record de brièveté d’un mandat ministériel. Mais c’est la décision que devait prendre François Legault pour maintenir la crédibilité de son gouvernement.

Parce que la politique est beaucoup une question d’image, le manque d’expérience et les lacunes de MarieChantal Chassé dans la connaissance de ses dossiers devenaient lourds à porter pour le gouvernement Legault. Bien sûr, ça donne des extraits vidéo qui font le bonheur des émissions satiriques, mais quand un gouvernement veut démontrer qu’il prend au sérieux un dossier comme celui de l’environnement, ce n’est certainement pas le genre d’échos que l’on recherchait.

MarieChantal Chassé, femme brillante au demeurant, n’arrivait pas à maîtriser les dossiers environnementaux et apparaissait souvent démunie devant les questions des journalistes. Le premier ministre a jugé, avec raison, que les difficultés de la ministre pouvaient provoquer des dommages à l’image du gouvernement.

Au départ, on voulait lui donner du temps pour s’approprier les dossiers et pour développer de meilleurs réflexes en chambre aussi bien que devant les journalistes. Mais en politique, le temps d’apprentissage est souvent très court, surtout pour les ministres. Et comme l’environnement est le nouveau sujet favori des Québécois, on se doute bien que les enjeux qui y sont reliés vont certainement rebondir à l’Assemblée nationale et se répercuter aussi dans les interventions législatives du gouvernement caquiste. Celui-ci prend de plus en plus la mesure du niveau de préoccupation de la population et il démontre, fort heureusement, une intention claire d’agir en conséquence.

Il fallait donc, impérativement, remplacer MarieChantal Chassé. Et c’est à Benoît Charette, député de Deux-Montagnes, que le premier ministre a fait appel.

Avouons que c’est pratique, pour le premier ministre François Legault, d’avoir sous la main, au sein de son caucus des députés, des lieutenants sur qui il peut compter à tout moment. Benoit Charette est de ceux-là. Et il y a fort à parier que si d’autres ministres devaient faire quelques faux pas ou livrer une performance décevante au point de justifier un remplacement rapide, Donald Martel est aussi disponible.

Dans certains sports, on appelle ces personnes des «rovers», des joueurs qui peuvent jouer à n’importe quelle position sur le terrain, selon les besoins. En politique, on entend davantage l’expression «en réserve de la République» pour désigner ces personnes qui sont disponibles si les circonstances exigent qu’on fasse appel à elles. Ce sont souvent des hommes ou des femmes politiques qui ont quitté leurs fonctions, mais ce peut aussi être des élus en poste, qui peuvent remplir un mandat spécifique dans des circonstances exceptionnelles.

Un député comme Benoit Charette, qui est diplômé de l’École nationale d’administration publique et qui jouit d’une expérience de presque neuf ans comme député à l’Assemblée nationale, était tout désigné pour sauver la face du gouvernement dans le dossier environnemental. Dans certains débats électoraux thématiques auxquels il a participé comme représentant de la CAQ, notamment sur les ondes de RDI, il a toujours bien fait. On le dit studieux et il démontre clairement une maîtrise des dossiers qui lui sont confiés.

Il est clair que Benoît Charette aurait pu être nommé au conseil des ministres dès la mi-octobre. Comme aurait pu l’être aussi Donald Martel. Mais, pour des raisons discutables d’atteinte impérative d’une parité parfaite au conseil des ministres ou de représentation territoriale, ils en avaient été exclus.

Il ne faut certainement pas souhaiter d’autres cas de mariechantalchassisme, mais s’il y en a d’autres, le premier ministre pourrait certainement faire monter Donald Martel au conseil des ministres.

Ce n’est, vraisemblablement, qu’une question de temps.