En attendant une législation

ÉDITORIAL / Sobeys vient de poser un geste fort en annonçant l’élimination des sacs d’épicerie en plastique dans ses quelque 225 magasins au Canada, dont ceux sous la bannière IGA. C’est le premier grand détaillant du secteur de l’alimentation à poser un geste volontaire à une aussi grande échelle. La mesure mérite d’être saluée, mais il vaut mieux espérer une législation cohérente en cette matière plutôt que d’espérer longuement que les autres joueurs de l’industrie emboîteront le pas.

Sobeys réalise certainement un bon coup, mais s’il est bon pour l’environnement, il l’est surtout pour son image corporative. La compagnie devance ainsi, par exemple, plusieurs municipalités qui envisagent le bannissement des sacs de plastique à usage unique sur leur territoire.

Sobeys et IGA entendent éliminer ces sacs d’ici janvier prochain dans toutes leurs succursales au pays. Pour les clients qui n’auront pas de sacs réutilisables, ce sont désormais des sacs en papier qu’on leur proposera. Il est tout de même ironique de constater que ces sacs en papier, s’ils ont l’avantage de limiter les nuisances causées par leur abandon dans l’environnement, sont moins performants que les sacs en plastique traditionnel, les sacs oxodégradables, les sacs en bioplastique compostable ou les sacs en plastique épais. Le sac en plastique conventionnel en polyéthylène HDPE mince est celui qui aurait le moins d’impacts environnementaux parmi les différents types de sacs jetables.

Qu’à cela ne tienne: ce que souhaite Sobeys c’est d’encourager l’utilisation de sacs réutilisables. La tendance en ce sens est déjà bien amorcée et ancrée dans les habitudes des consommateurs.

De plus en plus de citoyens sont conscients que certains gestes du quotidien ont un impact environnemental considérable. L’utilisation de sacs réutilisables est certainement un des gestes qui, avec la récupération, s’est le mieux inséré dans le quotidien de monsieur et madame Tout-le-monde. Ce sont ces citoyens qui, aujourd’hui, souhaitent qu’on en fasse davantage pour la protection de l’environnement.

Tellement que ce sont les villes et les municipalités qui, les premières, ont manifesté la volonté de poser des gestes législatifs pour bannir les sacs en plastique à usage unique.

C’est une initiative intéressante, mais il faut souhaiter une législation provinciale ou fédérale. Parce qu’en matière de restriction concernant le recours à des objets en plastique à usage unique, il sera important d’avoir un peu de cohérence et d’uniformité. L’enjeu de la gestion du plastique à usage unique ne doit pas être uniquement du ressort du municipal et encore moins laissé au bon vouloir des détaillants.

Au fédéral, Justin Trudeau a annoncé, il y a un mois et demi, que son gouvernement avait l’intention d’interdire les plastiques à usage unique à partir de 2021. Au Québec, la réflexion est loin d’être aussi avancée. En fait, la CAQ a soumis la question à ses membres en mars dans le cadre des travaux de mise à jour du programme du parti. Lors du congrès de mai, les militants ont donné le mandat à leur parti de proposer la mise en œuvre d’un plan de retrait du plastique à usage unique, un peu comme la Ville de Montréal l’a fait récemment. Mais entre ce mandat partisan et une action gouvernementale, il peut s’écouler beaucoup de temps.

Pourtant, tout le monde sait qu’il est minuit moins une. Sauf peut-être le lobby de l’emballage, qui fera tout pour décourager les initiatives corportatives ou gouvernementales visant à restreindre l’usage des plastiques à usage unique.

En matière d’écoresponsabilité, il n’y a pas de gestes inutiles. L’idée de bannir les sacs en plastique peut paraître banale, mais elle le devient un peu moins quand on considère que les Québécois utilisent en moyenne 2,5 sacs de plastique par semaine, soit 130 sacs par an. Ou que Sobeys distribue 225 millions de sacs par an.

Ou qu’à l’échelle planétaire, ce sont 5000 milliards de sacs de plastique qui sont consommés annuellement.

Cinq mille milliards. Il est plus que temps d’agir.