Efficacité ou mauvaise foi?

ÉDITORIAL / Quelle mouche avait donc piqué la mairesse suppléante de Trois-Rivières, Ginette Bellemare, pour convoquer ses collègues pour une réunion de travail sur le budget en plein milieu du mois de juillet? Difficile de voir autre chose qu’une manœuvre qui visait à irriter les conseillers qui ne partagent pas la vision du maire et de sa garde rapprochée.

Il semble bien que les hostilités aient repris à l’hôtel de ville trifluvien. La semaine dernière, le conseiller du district de Pointe-du-Lac, François Bélisle, avait qualifié de «déclaration de guerre» les propos tenus par le maire Yves Lévesque dans le cadre d’une entrevue accordée au FM 106,9.

La tenue d’une rencontre de travail sur le budget, le plan triennal d’immobilisations et la dette en plein mois de juillet, avec tous les risques que cela représente sur le plan du taux de participation, était certainement une manœuvre à caractère belliqueux, visant à déstabiliser les conseillers.

Il faut rappeler que, traditionnellement, l’administration municipale fonctionne au ralenti en période estivale, principalement en raison des vacances. Même le conseil municipal fait toujours relâche entre le début juillet et la mi-août, alors qu’aucune assemblée publique régulière n’est convoquée dans cette période de six semaines.

À l’hôtel de ville, les hauts fonctionnaires disaient ne pas avoir souvenir de la tenue d’une rencontre aussi importante en plein été. Il y a bien eu des assemblées extraordinaires du conseil pour adopter en vitesse une résolution ou un règlement, mais jamais une rencontre cruciale sur le budget et le PTI. Habituellement, c’est à l’automne que se tient la rencontre de type «lac-à-l’épaule» visant à préparer le budget et le PTI, et à établir la taxation en conséquence.

On pourrait donc croire que la mairesse suppléante et conseillère du district de Richelieu, en convoquant cette réunion extraordinaire, exécutait ainsi les basses besognes de quelqu’un d’autre. Elle s’en est défendue lundi en insistant sur le fait que les fonctionnaires responsables de la présentation du plan triennal d’immobilisations avaient demandé les orientations du conseil pour la fin juillet. Il fallait bien, selon elle, tenir une réunion avant cette échéance.

C’est donc elle qui a lancé un sondage maison, demandant les disponibilités des conseillers et du maire pour quatre plages horaires. Ce ne sont pas tous les conseillers qui ont répondu au sondage, mais avec quatre élus sur quinze, la date du 16 juillet en après-midi était la plus populaire.

Le maire Yves Lévesque avait d’ailleurs coché cette case et confirmé sa présence. Mais il brillait par son absence hier après-midi.

Les échos provenant de l’hôtel de ville, à l’issue de la rencontre, semblaient heureusement positifs. Et l’absence du maire y serait pour quelque chose. Ce n’est pas la première fois que des élus et des fonctionnaires disent que ça travaille mieux et que le climat est plus serein quand le maire n’y est pas. Seulement trois conseillers manquaient à l’appel lundi après-midi.

La majorité des conseillers étaient présents, certains ayant dû modifier des plans de vacances pour y être. Il semble d’ailleurs que la rencontre a été productive, les élus ayant pris soin d’établir une façon de débattre convenablement et de favoriser les discussions. Au final, donc, s’il y avait une stratégie derrière cette convocation estivale, elle n’a manifestement pas atteint sa cible.

C’est vrai que les façons de faire changent à l’hôtel de ville. Le «nouveau» conseil a voulu s’approprier le PTI et s’impliquer davantage dans l’établissement des orientations budgétaires. La mairesse suppléante disait vouloir répondre à cette demande des conseillers. Mais l’impression que la manœuvre dégage est beaucoup plus négative que positive.

La «guerre» à laquelle faisait allusion le maire la semaine dernière s’annonce sournoise. Une guerre de nerfs, pourrait-on croire à la lumière de ce désolant épisode de convocation estivale.