Martin Francoeur
Le Nouvelliste
Martin Francoeur
Marc-André Bergeron, Mark Weightman et Jean Lamarche.
Marc-André Bergeron, Mark Weightman et Jean Lamarche.

ECHL: place au défi de la mise en marché

ÉDITORIAL / Un Colisée tout neuf, une entente dûment signée avec un groupe de promoteurs sérieux, une franchise à toutes fins utiles acquise au sein de la ECHL.

Il ne manque plus qu’un ingrédient pour que la recette soit parfaite: des partisans. Ramener le hockey professionnel à Trois-Rivières et créer une affluence suffisante aux matchs locaux demeure un bien grand défi.

C’est une bonne nouvelle que cette signature, en début de semaine, de l’entente officielle qui lie la Ville de Trois-Rivières et Deacon Sports and Entertainment (DSE) pour l’obtention d’une équipe professionnelle de hockey dans la ligue ECHL. On avait déjà eu un avant-goût de cet enthousiasme en juillet, lorsque les deux parties avaient conclu une entente de principe. Mais cette fois, la collaboration est scellée.

En vertu de cette entente, le groupe DSE devient le principal locataire du nouvel amphithéâtre. La Ville en demeure le gestionnaire, ce qui est une bonne nouvelle pour les contribuables. Un promoteur gourmand aurait pu gruger toute possibilité de dégager des revenus à ce chapitre. Pour les éventuels événements à caractère culturel, les discussions et les ententes devront obligatoirement passer par Culture Trois-Rivières. Ça aussi c’est une décision pleine de bon sens.

En signant avec DSE, la Ville a trouvé un partenaire sérieux, qui a su faire ses devoirs et qui a pris du galon depuis les premières discussions. On a parfois eu l’impression que Dean MacDonald était un commis-voyageur qui tournait parfois les coins ronds pour se faire entendre. Et il y a bien eu quelques problèmes de communication, notamment pour attirer l’attention des membres du conseil ou pour démontrer l’existence d’un possible partenariat avec l’organisation du Canadien de Montréal. Mais depuis que Deacon Sports and Entertainment a recruté Mark Weightman comme président et chef de la direction de l’équipe et Marc-André Bergeron comme directeur général et vice-président, l’organisation démontre beaucoup de sérieux.

Du côté de la Ville aussi les discussions ont été plus fluides depuis qu’on a dépolitisé le dossier et qu’on l’a confié à l’équipe de la Direction de la culture, des loisirs et de la vie communautaire. Bref, la recette était la bonne pour en arriver à la conclusion de cette entente de cinq ans en vertu de laquelle DSE versera à la Ville un loyer de 435 000 $ pour occuper le Colisée. Si la vente de billets le permet, ce montant pourrait grimper à 650 000 $ annuellement. Et cette entente, qui assure au locataire les heures de glace, l’utilisation des loges, la gestion des concessions, les revenus d’affichage publicitaire et l’exploitation de la billetterie et d’une boutique de souvenirs, est assortie de deux options de renouvellement de cinq ans chacune, ce qui pourrait assurer d’avoir un occupant sérieux pour les quinze prochaines années.

Le succès de l’entente reste toutefois à bâtir.

Au moins la Ville de Trois-Rivières ne perd pas la face en ayant un locataire au Colisée. C’est déjà ça.

Mais il reste un facteur majeur dont on ne peut faire abstraction dans l’équation: la mise en marché. Comment entend-on séduire le public de Trois-Rivières et de la région? Jusqu’à maintenant, dans la démarche de Dean MacDonald et de son équipe, on n’a rien vu qui pourrait ressembler à une étude de marché.

En fait, on est exactement dans la même situation que celle que déplorait le vérificateur général de la Ville de Trois-Rivières, Jacques Bergeron, au sujet du Colisée lui-même. Dans son rapport déposé en octobre dernier, il estimait que la construction du nouveau Colisée au District 55 était un projet qui reposait éminemment sur des considérations politiques et qui n’avait fait l’objet d’aucune étude de marché et de rentabilité. Si Deacon Sports and Entertainment a fait faire des études de marché ou de rentabilité pour une éventuelle franchise de la ECHL à Trois-Rivières, personne ne les a encore vues. Officiellement, du moins.

On se doute toutefois qu’un homme d’affaires ne prend pas une telle décision à la légère et que l’achalandage potentiel aux matchs locaux ou aux événements spéciaux a été évalué. Et cette évaluation tient certainement compte du fait que l’équipe trifluvienne, si la ligue donne son aval, pourrait être affiliée au Canadien de Montréal, une marque forte qui en augmente le pouvoir d’attraction. Déjà, Marc-André Bergeron avait indiqué que la venue d’une équipe indépendante, sans affiliation, n’était pas une option considérée par le groupe DSE. Une entente avec l’organisation du Canadien ne serait dans les faits qu’une formalité mais on veut sans doute profiter d’une autre occasion de visibilité pour la confirmer.

Le grand défi sera de convaincre les amateurs, les commanditaires et le public d’embarquer dans cette aventure. Ce n’est pas une mince tâche. Mais avec des hommes comme Mark Weightman et Marc-André Bergeron, c’est possible. Il faudra aussi trouver un enrobage attrayant pour cette nouvelle équipe, notamment en lui trouvant un nom rassembleur. Celui-ci devra nécessairement coller au caractère francophone de la ville, seul élément qui distinguera la franchise trifluvienne des autres équipes de la ligue, toutes situées aux États-Unis ou dans le Canada anglais. Il faudra aussi en arriver à faire de chaque match local un événement.

C’est plutôt emballant comme défi: tant qu’à avoir un Colisée tout neuf pour lequel il n’y a jamais eu d’étude de marché ou de rentabilité, aussi bien avoir une équipe qui marche.