Laurence Vincent Lapointe

Du soulagement et de la colère

ÉDITORIAL / C’est toute la confrérie du canoë-kayak de vitesse, toute la ville et toute la région qui ont poussé avec Laurence Vincent-Lapointe un puissant soupir de soulagement lundi matin, alors qu’était levée sa suspension imposée en août après qu’elle eut échoué un test antidopage. La fierté de Trois-Rivières peut reprendre l’entraînement et rejoindre l’équipe nationale afin d’obtenir son laissez-passer pour les Jeux olympiques de Tokyo. Pour une bonne nouvelle, c’en est toute une.

Laurence Vincent-Lapointe n’a, depuis l’été dernier, ménagé aucun effort pour prouver son innocence. Ou plutôt sa non-responsabilité. Parce que sur le plan des faits, il y avait bel et bien des traces de ligandrol dans son organisme. Mais il lui appartenait de faire la démonstration qu’elle n’en était pas responsable, que ça avait été fait à son insu ou quelque chose du genre.

Le plus frustrant, dans tout cela, c’est qu’il n’y a aucun moyen de compenser les préjudices que l’athlète a subis depuis sa suspension. Aucun moyen de compenser l’atteinte à sa réputation. Il y avait bel et bien un acte de culpabilité, malgré l’absence d’intention de commettre un geste illégal.

Il ne se trouvait pas grand monde pour penser honnêtement que Laurence Vincent-Lapointe avait volontairement absorbé des substances interdites comme le ligandrol pour améliorer ses performances. L’athlète, selon à peu près tous les témoignages entendus depuis le mois d’août, a toujours pris soin de vérifier scrupuleusement tout ce qu’elle ingurgitait justement pour ne pas se retrouver dans une situation embarrassante.

Mais il semble que son compagnon de l’époque n’avait pas les mêmes standards. C’est une histoire digne d’un film qui a été révélée lundi et qui a permis de blanchir l’athlète trifluvienne.

Elle a subi des tests de toutes sortes, fait faire des analyses poussées de différents produits, passé un test polygraphique. Il fallait vraiment qu’elle soit convaincue et qu’elle ait le goût de se battre. Pour cela, on ne peut que lui lever notre chapeau.

Et c’est finalement un échange de fluides corporels qui serait à l’origine de toute cette histoire. Son ex-petit ami a proposé en octobre dernier de faire analyser ses cheveux pour déterminer s’il avait déjà été exposé à la substance. Après analyse, c’était le cas. Et tout concordait. Le jeune homme avait admis qu’il prenait un produit appelé SR 9011, connu pour améliorer les performances et favoriser la perte de poids.

S’il est facile de deviner le soulagement qu’a pu ressentir Laurence Vincent-Lapointe vendredi dernier, lorsqu’elle a reçu la décision de la Fédération internationale de canoë, on prend mal la mesure de la colère légitime qu’elle a pu vivre depuis sa suspension en août dernier. Il lui reste maintenant à transformer cette colère en une sorte de rage positive pour lui permettre d’atteindre de nouveau les plus hauts sommets de sa discipline.

Parce que c’est toute la ville, toute la région qui a maintenant envie de l’encourager à aller chercher à Tokyo les médailles d’or qui lui reviennent presque de droit.

La notoriété de Laurence Vincent-Lapointe a grimpé en flèche depuis le mois d’août dernier mais probablement pas de la façon dont elle l’aurait souhaité.

* * *

Il y a quand même de drôles de hasards. Le 19 août 2019, date à laquelle est tombée la décision de suspendre Laurence Vincent-Lapointe parce qu’elle avait échoué à un test antidopage, est la même date que la mise sous protection des tribunaux des journaux de Groupe Capitales Médias, dont Le Nouvelliste. Cinq mois plus tard, Laurence est blanchie et peut reprendre l’entraînement. Et Le Nouvelliste, maintenant sous forme de coopérative de travailleurs, est toujours là pour le rapporter.

Comme quoi les mauvaises nouvelles du 19 août peuvent peut-être devenir de bonnes nouvelles...