DPJ: lenteur dangereuse

ÉDITORIAL / Faut-il vraiment se surprendre de voir la DPJ Mauricie–Centre-du-Québec être une fois de plus la cible de doléances de la part d’un juge? Ce qui est davantage surprenant, c’est de constater qu’absolument rien n’est fait pour corriger la situation alors que se multiplient les manquements et les erreurs administratives qui menacent la sécurité de jeunes enfants de la région.

C’est maintenant au tour de la juge Pascale Berardino de blâmer l’organisation régionale de la protection de la jeunesse. Celle-ci indique que trois enfants, possiblement victimes de sévices sexuels, ont été littéralement laissés à eux-mêmes, l’an dernier, à la suite d’un dramatique roulement de personnel qui a provoqué un «vacuum de services». La juge Berardino va même jusqu’à qualifier la DPJ Mauricie–Centre-du-Québec de l’époque de «navire à la dérive, sans capitaine et sans équipage».

On serait peut-être prêt à donner le bénéfice du doute à l’organisme qui, aux moments des faits, devait composer avec un nombre effarant de congés de maladie, de maternité et de départs à la retraite. Or, il n’y a vraiment plus d’excuses possibles lorsqu’on réalise que c’est la troisième fois, en deux ans et demi, qu’un juge dénonce les façons de faire de la DPJ Mauricie–Centre-du-Québec.

En 2017, la juge Marie-Josée Ménard s’en prenait aux services de la protection de la jeunesse en Mauricie et Centre-du-Québec en relatant l’histoire de deux frères qui auraient été «abandonnés» dans une famille «toxique». Quelques mois plus tard, c’est le juge Bruno Langelier qui y allait de sévères critiques à l’endroit de l’organisme. Le juge de la Cour du Québec avait alors expliqué qu’en raison de délais largement dépassés, il n’avait eu d’autre choix que de remettre un enfant à ses parents biologiques sans même savoir s’ils étaient en mesure de s’en occuper.

La Commission des droits de la personne avait déclenché une enquête à la suite de ces dénonciations. Deux ans plus tard, on en attend toujours les conclusions.

Ce n’est donc pas la première fois que la DPJ Mauricie–Centre-de-Québec est pointée du doigt. Depuis 2013, selon la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, des «services déficients» ont été recensés dans 19 situations impliquant 38 enfants supervisés par la DPJ Mauricie–Centre-du-Québec. La problématique est donc connue depuis longtemps et personne n’a rien fait pour trouver des solutions. C’est inacceptable!

À son tout premier point de presse en tant que candidate de la CAQ dans Champlain, Sonia LeBel avait d’ailleurs dénoncé cette lenteur et avait promis de s’attaquer à cette «lourdeur administrative» qui met la vie de jeunes enfants en danger. Plus de huit mois après son élection, on attend encore les résultats de l’enquête de la Commission des droits de la personne…

En fait, il a fallu qu’une fillette meurt à Granby, à la suite de mauvais traitements, pour que le gouvernement de la CAQ décide de s’attaquer sérieusement à la problématique qui semble généralisée au Québec. En créant la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse, le gouvernement espère trouver des solutions pour éviter la répétition du drame de Granby et, du même coup, aider les DPJ comme celle de Mauricie–Centre-du-Québec à offrir de meilleurs services.

Or, il faudra attendre au moins 18 mois avant que les conclusions de la commission dirigée par Régine Laurent ne soient rendues publiques. Attendre, encore. Et on fait quoi en attendant pour protéger les jeunes? Dix-huit mois, c’est long dans la vie d’un enfant maltraité. On peut même parler d’une lenteur dangereuse.

Admettons tout de même qu’il y a de l’espoir. Les dirigeants de la protection de la jeunesse à travers le Québec sont assurément aux aguets depuis les événements survenus à Granby. Personne ne peut être insensible à ce genre de drame. Eux les premiers. À la DPJ Mauricie–Centre-du-Québec, le nouveau directeur Robert Levasseur doit lui aussi remuer ciel et terre pour corriger certaines lacunes en attendant le rapport de Régine Laurent.

Les conséquences de l’inaction peuvent être catastrophiques. On l’a vu à Granby. Il faut agir et arrêter de chercher des coupables. Il faut maintenant des solutions. C’est la vie de nos jeunes enfants qui en dépend.