DPJ: il faudra plus que des millions

ÉDITORIAL / Il fallait certainement que la situation soit critique pour que le gouvernement, par la voix du ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, annonce en ce chaud début juillet l’injection d’une somme de 47 millions $ dans le système de protection de la jeunesse. Même s’il s’agit d’une annonce importante qui constitue certainement un premier pas dans la bonne direction, il faudra plus que cela pour mieux protéger les enfants vulnérables.

Ce montant de 47 millions $ devrait permettre l’embauche de près de 400 professionnels, ce qui devrait rendre l’évaluation et le traitement des signalements plus rapides et plus fluides. Le gouvernement veut éliminer la notion de liste d’attente sur lesquelles se retrouvent les enfants à l’étape de l’évaluation.

Pour la Mauricie et le Centre-du-Québec, où les services de protection de la jeunesse ont plus d’une fois fait la manchette au cours des dernières années et surtout pas pour les bonnes raisons, l’annonce de jeudi se traduira par l’injection d’une somme de 3 789 000 $ qui servira à l’ajout de 33 nouveaux intervenants en protection de la jeunesse. On espère que l’équipe ainsi bonifiée pourra répondre à la demande des 255 enfants présentement en attente d’évaluation.

Deux cent cinquante-cinq enfants. En attente d’évaluation.

C’est inacceptable. Quand on voit les conséquences du manque de personnel ou l’inefficacité des procédures et des mécanismes en place, on a le droit d’être inquiet devant ce chiffre et de se croiser les doigts pour que des situations comme celle survenue à Granby en avril dernier ne se produisent pas.

Et pourtant...

Selon la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, des «services déficients» ont été recensés dans 19 situations impliquant 38 enfants supervisés par la DPJ de la Mauricie et du Centre-du-Québec depuis 2013. Au cours des trois dernières années seulement, des juges ont, à trois reprises, pointé du doigt les façons de faire de la DPJ Mauricie–Centre-du-Québec.

Il y a trois semaines à peine, la juge Pascale Berardino blâmait la DPJ Mauricie–Centre-du-Québec pour un cas impliquant trois enfants, possiblement victimes de sévices sexuels, qui ont été littéralement laissés à eux-mêmes, en 2018, à la suite d’un dramatique roulement de personnel qui a provoqué un «vacuum de services». La juge Berardino a même qualifié la DPJ Mauricie–Centre-du-Québec de l’époque de «navire à la dérive, sans capitaine et sans équipage».

Il est tout de même étonnant qu’avec autant d’histoires d’horreur et de constats de dysfonctionnement, il n’y ait pas eu d’intervention plus rapidement dans les services de protection de la jeunesse. En ce sens, il faut saluer la décision du gouvernement, même si le montant apparaît insuffisant aux yeux des organisations syndicales. Sur le plan financier, l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux estime que le manque à gagner, pour pouvoir répondre à l’augmentation des signalements des dernières années et revenir à une proportion acceptable de cas traités par chaque intervenant, est de 270 millions $.

S’il faut assurément injecter d’autres millions de dollars pour rattraper les retards et offrir un service permettant une réelle sécurité des enfants, il faudra aussi envisager une sérieuse réflexion sur les façons de faire par lesquelles on tente d’atteindre les objectifs enchâssés dans la Loi sur la protection de la jeunesse. Il y a des secteurs d’activité où les qualités humaines sont plus importantes que les formulaires administratifs. La protection de la jeunesse est assurément un de ceux-là.

Il faudra aussi rendre attrayants les postes qui vont s’ouvrir au cours des prochains mois. Les conditions de travail doivent être suffisamment bonnes pour éviter les problèmes dus à un roulement excessif de personnel. Il faudra, enfin, améliorer la communication entre les personnes qui interviennent, à une étape ou une autre, dans la prise en charge des enfants dans le besoin.

Tout cela, on le constate, est bien plus qu’une affaire de millions.