DPJ: à quand un ménage?

Qu’attend la ministre responsable de la Protection de la jeunesse, Lucie Charlebois, pour faire le ménage au sein de la Direction de la protection de la jeunesse de la Mauricie-Centre-du-Québec? Qu’un enfant meurt? Qu’un enfant soit marqué à vie par des gestes de maltraitance? En l’espace d’une petite année, ce sont deux cas graves de négligence impliquant les intervenants de cette DPJ qui ont été la cible de sévères critiques de la part de juges de la Cour du Québec.

Le plus récent exemple de laxisme a été dévoilé cette semaine. Dans un jugement datant du 13 décembre dernier, le juge de la Cour du Québec, Bruno Langelier, explique qu’il n’a d’autre choix que de remettre un jeune enfant à ses parents biologiques sans même savoir s’ils sont en mesure de s’en occuper adéquatement. Il pointe littéralement du doigt la DPJ de la Mauricie-Centre-du-Québec en précisant qu’il lui était impossible de garder celui-ci en famille d’accueil parce que les délais sont largement dépassés. «Cela suscite un questionnement sérieux quant au respect des objectifs de la loi et de la célérité avec laquelle la situation d’un si jeune enfant doit être traitée pour répondre à son intérêt et au respect de ses droits», indique le juge Langelier dans son jugement. Rien de moins!

Dans les bureaux de la DPJ de la Mauricie-Centre-du-Québec, les responsables qui doivent être imputables de ces écarts justifient ces événements par des délais administratifs judiciaires et promettent que tout le monde à l’interne agit de bonne foi. La ministre, elle, dit qu’elle va suivre le dossier et que des mesures correctives seront apportées… au besoin! Au besoin? C’est que les cas commencent à s’accumuler pour les membres de cette direction.

En effet, il y a à peine un an, c’était la juge Marie-Josée Ménard qui s’en prenait aux services de la protection de la jeunesse en Mauricie et au Centre-du-Québec en relatant l’histoire de deux frères qui auraient été «abandonnés» dans une famille d’accueil «toxique». Dans son jugement, la juge ne passe pas par quatre chemins en mentionnant que la DPJ a «toléré l’intolérable» dans cette affaire. Le pire, dans cette histoire, c’est que la DPJ savait que la famille d’accueil utilisait des méthodes «fort discutables» et, en plus, que la situation inquiétante avait été signalée à au moins deux reprises par une pédopsychiatre et une gardienne des enfants.

La DPJ en région a reconnu avoir manqué à sa responsabilité de protection dans ce dossier, mais la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse a quand même décidé, à la suite de ces divulgations, de déclencher une enquête. Un an plus tard, alors que la DPJ Mauricie-Centre-du-Québec est une fois de plus pointée du doigt, on attend encore les résultats de cette enquête.

Et ce n’est pas tout: depuis 2013, selon la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, des «services déficients» ont été recensés dans 19 situations impliquant 38 enfants supervisés par la DPJ Mauricie-Centre-du-Québec. Et on attend encore avant d’intervenir?

Et ce ne sont là que les cas qui sont rendus publics? Encore récemment, une mère et ses deux enfants faisaient l’objet d’un avis de recherche… presque un mois après leur escapade vers Québec. Pourquoi avoir mis tant de temps avant d’aviser les autorités? Heureusement, justement grâce à cet avis de recherche, la mère et ses enfants ont été retrouvés sains et saufs. Peut-être sera-t-il trop tard la prochaine fois.

Alors, combien de temps devrons-nous attendre avant d’apporter des correctifs au sein d’une organisation qui a visiblement besoin d’un coup de main? Il n’est pas question ici de mauvaise foi ou de laxisme criminel. Il y a cependant une révision en profondeur à effectuer dans l’approche administrative du traitement des cas et dans la philosophie qui devrait davantage être axée (et c’est épouvantable de le dire) sur la sécurité des enfants.