Martin Francoeur

Doublement de la 55: petit rappel à la CAQ

ÉDITORIAL / On pourrait commencer à s’inquiéter. Peut-être sommes-nous en train d’assister à un subtil dégonflement du gouvernement de la CAQ dans son engagement pour le doublement de l’autoroute 55 entre Bécancour et l’autoroute 20. Avec cette idée d’installer une glissière de sécurité flexible à haute tension entre les deux voies, comme on s’apprête à le faire sur l’autoroute 50 en Outaouais, on cherche peut-être une voie de sortie moins coûteuse pour remettre aux calendes grecques le projet de doublement de l’autoroute.

Il va donc falloir que les élus locaux et les acteurs socio-économiques se mobilisent une fois de plus s’ils ne veulent pas se faire passer une glissière. En annonçant la mise en place d’une telle glissière au milieu de l’autoroute 50, le ministre François Bonnardel a aussi donné comme exemple l’autoroute 55 à Bécancour comme endroit où on pourrait éventuellement répéter l’expérience.

Ce serait tentant de dire oui à un tel projet pilote, sous prétexte de vouloir améliorer la sécurité sur ce tronçon d’une autoroute qui n’en est pas une. Mais ce serait à double tranchant: cela pourrait avoir pour effet de repousser le projet de doublement des voies et d’aménagement des intersections des rues Forest, Thibodeau et Prince.

Voilà un projet que le milieu réclame depuis des années. Quand le ministère des Transports a décidé de prolonger l’autoroute 55 jusqu’à l’autoroute 20, il a prévu des viaducs pouvant surplomber deux chaussées. On n’en a aménagé qu’une seule, à deux voies opposées contiguës. En Estrie, il a fallu attendre des décennies avant qu’on procède au doublement de la 55.

Le député de Nicolet-Bécancour, qui a longtemps insisté pour que ce projet se réalise entre Bécancour et l’autoroute 20, tente de se faire rassurant et indiquait mardi qu’une annonce pourrait être faite avant la fin du présent mandat. Il semble qu’on en soit à l’étape de l’analyse d’avant-projet. Pour qu’on baptise ainsi une étape, cela signifie qu’il y a encore loin, très loin, de la coupe aux lèvres.

Pourtant, Donald Martel se dit confiant. Il s’était avancé en campagne électorale sur ce sujet. En entrevue à l’émission Facteur matinal, à la radio de Radio-Canada, il a heureusement laissé entendre que la glissière de sécurité n’était pas la solution attendue dans le Centre-du-Québec. «On a été patients par rapport à l’autoroute 55, je pense que notre tour est venu», a-t-il fait remarquer.

Son chef aussi s’était avancé en campagne électorale. François Legault avait été clair: «Il est temps qu’on arrête de parler et qu’on le fasse. Il faut que ça avance», avait-il insisté en entrevue au Nouvelliste alors qu’on le questionnait sur le doublement de l’autoroute 55. Son parti a depuis été porté au pouvoir et il est temps d’honorer les engagements.

Il y a quelques semaines, des citoyens se sont présentés à l’assemblée publique du conseil municipal de Bécancour pour réclamer, entre autres, un viaduc sur l’autoroute 55, à l’intersection de la rue Forest. Une pétition à cet effet a aussi été lancée. Le maire de Bécancour, Jean-Guy Dubois, ne rate aucune occasion de commenter le dossier et de pousser dans le dos des élus provinciaux, utilisant souvent la formule selon laquelle ce petit tronçon de 27 kilomètres est le seul à ne pas être doublé entre Shawinigan et Miami, faisant ainsi allusion au fait que l’A-55 devient l’Interstate 91 aux États-Unis et que cette autoroute rejoint la 95 dans le Connecticut pour descendre ensuite jusqu’en Floride.

Depuis quelques années, en plus de réclamer le doublement des voies, les utilisateurs et les élus sont obligés de demander des mesures temporaires ou immédiates pour améliorer la sécurité. Ce n’est pas normal.

Comme il n’est pas normal de laisser traîner un tel dossier, pourtant essentiel sur le plan de la sécurité routière. Il y a déjà eu trop d’accidents mortels ou avec blessés graves sur ce tronçon d’«autoroute» au cours des dernières années. Il serait temps de passer de la parole aux actes.