Dominique et la reconquête

ÉDITORIAL / L’idée n’était pas bête. Annoncer une candidature à la direction du Parti libéral du Québec dans une région plutôt que dans la métropole ou dans la capitale, cela a le mérite d’envoyer un signal. Un signal dont il est encore difficile d’évaluer la portée, autant pour celle qui a confirmé sa candidature que pour son parti. La course à la succession de Philippe Couillard, malheureusement, risque d’être très montréalaise.

Dominique Anglade avait savamment orchestré l’annonce de ce qui était devenu un des secrets les moins bien gardés. Elle sera bel et bien candidate à la direction du Parti libéral. Elle est la première à le confirmer. Et pour ce faire, elle avait choisi Shawinigan, plus précisément les locaux de l’entreprise Elmec. Parce que Shawinigan, estime-t-elle, représente une région qui a su se renouveler, se réinventer. Un peu comme devra le faire le Parti libéral du Québec. Et aussi parce que ce parti devra reconnecter avec les électeurs des régions.

La reconquête des régions du Québec, pour le Parti libéral, ne se fera pas uniquement en tenant une annonce de candidature chez Elmec. Il faudra un sérieux examen de conscience, une tournée, des propositions intéressantes, des candidatures solides. Le travail est colossal, mais Dominique Anglade en est consciente et se dit prête à relever ce défi.

Il aurait peut-être fallu au moins une candidature provenant des régions pour la direction du parti. Mais ça ne semble pas parti pour ça. Les autres candidatures potentielles sont toutes montréalaises: Marwah Rizqy, Marie Montpetit, Gaétan Barrette...

En fait, le Parti libéral ne compte qu’un député à l’est de Montréal et c’est Sébastien Proulx, député de Jean-Talon. Il est certainement un de ceux qui, avec André Fortin dans l’Outaouais, aurait le mieux représenté la voix des régions. Mais les deux hommes ont renoncé à une candidature à la chefferie.

Dominique Anglade a déjà obtenu l’appui de sept membres du caucus libéral – dont les influents et respectés Carlos Leitão et Hélène David – et aussi de quelques anciens députés libéraux provenant des régions: Pierre Giguère (Saint-Maurice), Jean Boucher (Ungava) et Paul Busque (Beauce-Sud). Il en faudra beaucoup plus. Et il faudra que les militants travaillent fort pour redonner au Parti libéral des chances sérieuses de se refaire un nom, une image et une crédibilité dans les régions.

Assurément, Dominique Anglade est une solide candidate pour mener cette opération.

Mais en supposant qu’elle devienne chef du Parti libéral, le scénario d’une victoire libérale aux élections de 2022 demeure hautement improbable. Avec un parti qui récolte ces temps-ci dix ou douze pour cent des intentions de vote en dehors de Montréal, la reconstruction prendra plus de temps. Faire élire une vingtaine de députés dans la métropole ne suffira pas. Et dans une telle perspective, la présente course à la direction du parti pourrait, aux yeux de certains, n’avoir pour but que de trouver une brebis à sacrifier.

Mais Dominique Anglade est assurément consciente de cette possibilité et si elle fait le saut dans la course, ce n’est pas pour subir une humiliation semblable ou pire à celle qu’a subie Philippe Couillard en octobre dernier.

Reste à voir quel poids aura son passé caquiste et l’image de transfuge qui lui colle encore. Reste à voir aussi quel impact auront les nouvelles règles entourant la course au leadership, règles qui prévoient notamment que le prochain chef sera choisi au suffrage universel.

À quarante-cinq ans, Dominique Anglade est capable de rejoindre les jeunes électeurs. Mère de trois enfants, elle incarne très bien la conciliation travail-famille. Sa feuille de route politique est enviable et elle est une habile communicatrice. Elle projette surtout l’image d’une personne qui fait de la politique pour les bonnes raisons et qui ose y mettre un peu d’humanité.