Déversements à la mode

La Ville de Shawinigan poursuit ces jours-ci son déversement de 100 millions de litres d’eaux usées dans les rivières Shawinigan et Saint-Maurice afin de réaliser des travaux de réparation à une conduite de la station de pompage Drew. De telles opérations semblent de plus en plus fréquentes au Québec. Et visiblement, les villes ne font pas ça de gaieté de cœur.

À Shawinigan, l’opération a débuté jeudi dernier et s’est poursuivie lundi. Les autorités municipales estiment qu’ils en ont jusqu’à jeudi et que le débit moyen est d’environ 20 000 mètres cubes d’eau par période de 24 heures.

On se doute bien que si des villes procèdent, en toute transparence, au déversement d’eaux usées dans des cours d’eau, c’est parce qu’elles n’ont pas d’autre choix. Dans le cas de Shawinigan, cette opération est rendue nécessaire à la suite d’un bris survenu le 2 août dernier, lorsque la conduite qui achemine les eaux usées de la station de pompage Drew à la station de traitement des eaux usées du Vallon s’est fissurée. Une réparation a été effectuée, mais il ne s’agissait que d’un colmatage d’urgence temporaire en attendant la réparation permanente de la conduite, qui a lieu ces jours-ci.

Presque simultanément, la Ville de Longueuil a commencé jeudi à déverser 162 millions de litres d’eaux usées dans le fleuve Saint-Laurent. En 2015, le grand déversement de Montréal – 8 milliards de litres d’eaux usées – avait aussi fait couler beaucoup d’encre.

Plus près de nous, Trois-Rivières avait été contrainte de déverser 150 millions de litres d’eaux usées dans la rivière Saint-Maurice en 2016. Elle l’a aussi fait en juin dernier et encore il y a quelques semaines.

Au moins, de nos jours, les administrations municipales déploient des efforts de communications pour aviser la population.

Pourtant, le quotidien Le Devoir révélait récemment que bien d’autres déversements sont passés sous silence. En 2017, selon des chiffres obtenus auprès du ministère l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, quelque 62 000 déversements d’eaux non traitées ont été recensés au Québec. La majeure partie d’entre eux – environ 51 000 – ont eu lieu en temps de pluie et de fonte, alors que les autres ont été effectués en urgence, dans le cadre de travaux planifiés ou en temps sec. Les statistiques ne précisent pas la quantité d’eaux usées déversée ni la durée des opérations.

Ce que l’on remarque, c’est que les chiffres sont à la hausse, en partie à cause de l’obligation de mesurer chaque jour plutôt que chaque semaine les débordements d’eaux usées.

Dans le cas des travaux planifiés et autorisés par le ministère, on donne généralement la bénédiction en s’en remettant à la capacité de dilution naturelle des cours d’eau qui recevront les eaux usées. On a souvent tendance à minimiser les dommages que de telles opérations peuvent causer à l’environnement. Mais si ces dommages étaient aussi minimes qu’on le laisse entendre, on n’aurait certainement pas adopté des mesures sévères en ce qui a trait au traitement des eaux usées. Les gouvernements fédéral et provincial subventionnent largement les installations dédiées à ces fins.

On imagine que les déversements planifiés sont non seulement suivis de près par les municipalités situées en aval, mais aussi par le gouvernement qui a émis l’autorisation. Un contrôle strict et rigoureux est nécessaire, tant qu’on ne trouvera pas de solution de remplacement – à prix abordable – pour éviter de tels déversements.

Les villes n’ont malheureusement pas les moyens d’envisager, par exemple, la mise en place d’une usine de traitement temporaire ou de procéder à la rétention ou au pompage de milliards de litres d’eau sur une période déterminée.

Alors que fait-on? On avise la population, on lui demande de limiter ses rejets d’eaux usées, on tente de jouer cartes sur table. En somme, on se pince le nez et on attend que l’opération soit terminée.