Yves Lévesque et René Goyette

Deux têtes valent mieux qu’une (bis)

Il y a deux semaines jour pour jour, dans cette même page, on publiait un éditorial qui avait pour titre «Deux têtes valent mieux qu’une», en parlant de ce compromis intéressant de scinder en deux la fonction de chef de cabinet du maire de Trois-Rivières. La bonne idée n’aura finalement duré que deux semaines.

Le passage d’André Noël au cabinet du maire comme responsable des relations politiques aura été de courte durée. Son départ pour des raisons personnelles et professionnelles laisse donc toute la place pour que René Goyette occupe à temps plein la fonction de chef de cabinet, comme c’était le cas traditionnellement. La nomination passe mal au sein du conseil. Et elle risque de mal passer au sein de la population également.

Pour une fois qu’on avait fait preuve d’imagination et qu’on avait accouché d’une bonne idée pour la succession de Roger D. Landry, voilà qu’on fait volte-face et qu’on donne toute la place à un candidat qui est loin de faire l’unanimité parmi les conseillers.

Certains d’entre eux, notamment Luc Tremblay, Pierre-Luc Fortin et François Bélisle, ne se sont pas gênés pour dire qu’ils n’avaient pas confiance en M. Goyette et qu’ils n’hésiteraient pas à l’éviter. Ce n’est rien pour améliorer le climat à l’hôtel de ville.

Il faut savoir qu’à Trois-Rivières comme dans beaucoup de villes, une des fonctions principales du directeur de cabinet est de servir d’intermédiaire entre les conseillers municipaux et les différents services municipaux, dont la mairie. C’est un rôle politique et stratégique.

À partir du moment où la personne qui occupe ce poste n’a pas la confiance des élus ou d’une majorité d’entre eux, aussi bien dire qu’il y a quelque chose qui ne tourne pas rond.

Lorsqu’il a annoncé les deux nouveaux membres de son cabinet, il y a deux semaines, le maire Yves Lévesque avait justifié cette scission en indiquant que ni M. Noël ni M. Goyette ne souhaitaient travailler à temps plein.

Le fait de maintenant confier le poste de directeur de cabinet exclusivement à René Goyette – dont le salaire serait donc de 125 000 $ au lieu de 65 000 $ – constituerait donc une étrange volte-face. En toute logique, le maire devrait désigner quelqu’un d’autre pour répondre à la «prétendue volonté» de M. Goyette de ne pas travailler à temps plein. À moins que les rumeurs qui circulaient déjà à l’hôtel de ville avant l’élection de novembre dernier, selon lesquelles René Goyette allait être le prochain chef de cabinet d’Yves Lévesque, étaient fondées et que, finalement, la «co-nomination» d’André Noël n’était qu’un écran de fumée. On pourrait le croire.

Si tel est le cas et que René Goyette savait dès l’automne dernier qu’un pont d’or l’attendait à son retour de Floride, il devrait rembourser en totalité l’allocation de transition de 42 844 $ qu’il a reçue après avoir quitté sa fonction d’élu.

Cette allocation de «transition» s’ajoute à l’allocation de départ de 87 925 $ qu’il a également reçue pour les années de service qu’il a cumulées comme conseiller municipal.

Évidemment, une situation comme celle qui se produit à l’hôtel de ville présentement ravive le débat sur la pertinence des allocations de transition, qui ont normalement pour but de faciliter la transition des anciens élus vers un retour sur le marché du travail lors de leur départ de la politique. Déjà, ça soulève des questions d’éthique pour les retraités qui retournent à leur retraite en empochant cette allocation de «transition». Mais ça peut aussi soulever d’autres questions quand ce retour au travail se fait au sein même de la Ville, et que les conditions, même non finalisées, étaient à peu près connues de la part du principal intéressé.

Toute cette affaire de nomination d’un chef de cabinet unique, après une tentative infructueuse d’avoir deux titulaires pour le poste, sent mauvais. Et la population peut, avec raison, y voir une forme de manipulation pour faire plaisir aux petits amis.