Roger D. Landry

Deux têtes valent mieux qu’une

C’est quand même tout un changement qui vient subtilement de s’opérer au cabinet du maire de Trois-Rivières. Pour remplacer Roger D. Landry, qui occupait le poste de chef de cabinet depuis huit ans, on fait appel à deux politiciens d’expérience. René Goyette et André Noël, qui cumulent 57 ans de vie politique active comme conseillers municipaux, se partageront la tâche. Et ils risquent d’avoir certaines surprises.

Les temps changent à l’hôtel de ville. Et comme le faisait remarquer à juste titre le conseiller du district de Pointe-du-Lac, François Bélisle, André Noël et René Goyette sont des politiciens «de l’ancienne garde». Ce sera à eux de s’adapter à la dynamique qui s’installe depuis l’élection, en novembre dernier, de sept nouveaux conseillers.

Le maire Yves Lévesque a justifié la scission du poste de chef de cabinet en indiquant que ni M. Noël ni M. Goyette ne souhaitaient travailler à temps plein. Pourtant, la rumeur d’un retour de René Goyette à l’hôtel de ville comme chef de cabinet circulait déjà depuis quelques mois. Même avant l’élection de novembre.

Mais dans les faits, l’instauration d’une direction de cabinet bicéphale est probablement une conséquence de la dernière campagne électorale. René Goyette avait beau être pressenti pour occuper le poste, il n’aurait certainement pas fait l’unanimité au sein des conseillers en place. Plusieurs l’ont côtoyé et voient toujours en lui un partisan fidèle du maire. D’autres ont goûté à sa médecine d’organisateur politique. Parlez-en à Sabrina Roy, qui affrontait un candidat appuyé fortement par M. Goyette. Tout cela laisse des amertumes qui n’auraient pas facilité l’instauration d’un climat de confiance entre les élus et le chef de cabinet.

Les relations politiques ont donc été confiées à André Noël, qui n’avait pas que des amis à l’hôtel de ville, mais qui en a peut-être davantage que René Goyette autour de la table du conseil.

Il sera intéressant de voir quelle dynamique s’installera entre le maire, les membres du conseil et ces deux nouveaux directeurs du cabinet. On peut tout de même saluer la décision du maire de placer là deux élus qui étaient alignés différemment à l’époque de l’opposition non officielle du Groupe des sept, de 2009 à 2013.

Ce n’est certainement pas une mauvaise chose, non plus, de rajeunir (même si M. Goyette a 65 ans) le personnel du cabinet du maire. À 84 ans, Roger D. Landry pouvait afficher une certaine sagesse et une feuille de route bien garnie, mais il était peut-être moins à jour dans certains aspects de sa fonction, notamment en ce qui a trait aux communications. Il gagnait plus de 143 000 $ par année. Les deux «nouveaux venus» toucheront un total de 125 000 $ (65 000 $ pour M. Goyette et 60 000 $ pour M. Noël).

Enfin, ces nouvelles nominations soulèvent des questions sur le traitement auquel les titulaires des deux nouveaux postes ont droit. En tant qu’anciens élus, les deux hommes ont touché une allocation de départ et une allocation de transition. Dans le cas de M. Goyette, cela totalisait 130 769 $, alors que pour M. Noël, le montant total était de 71 158 $. La question des allocations de transition – 42 844 $ pour M. Goyette et 29 219 $ pour M. Noël – soulève ici des questions. Ces allocations ont pour but de faciliter la transition des anciens élus vers un retour sur le marché du travail lors de leur départ de la politique. Mais quand ce retour au travail se fait au sein même de la Ville, ça donne l’impression de piger deux fois dans l’assiette au beurre.

Heureusement, les deux hommes se verront soumis à une période de probation de six mois. Une fois cette période complétée, s’ils poursuivent dans leurs fonctions, ils devront rembourser la moitié de cette allocation de transition. C’est timide, mais c’est de mise.

Enfin, il faut se demander si ce jeu en vaut la chandelle. Avec des élections fédérales prévues pour l’automne 2019, c’est maintenant une hypothèse sérieuse que de devoir déplacer tout ce beau monde une fois l’élection passée...